Archive pour la catégorie ‘Non classé’

Choisir entre la mère et l’enfant

jeudi 9 mai 2019

Les femmes paient un lourd tribut à l’évolution : la bipédie et le gros volume cérébral ont rendu l’accouchement douloureux et périlleux. La césarienne a mis fin à ces situations dramatiques, surexploitées par Hollywood, où l’on devait choisir entre la vie de la mère et celle de l’enfant. Plus récemment, la péridurale a diminué les souffrances maternelles.

Toutes les alternatives à la péridurale avaient montré d’excellents résultats, mais la généralisation de cette pratique a gommé ces expertises. Ceci nous oblige désormais à aborder la douleur de l’accouchement sous un angle sanitaire comme nous l’avons fait après le fiasco des centres antidouleurs (1) et le drame des addictions aux opiacés (2). Particulièrement dans notre pays surmédicalisé où la péridurale concerne 80% des accouchements (contre 15% aux Pays Bas). Curieusement, l’incitation à la péridurale provient plus souvent du personnel hospitalier que des mères.

Ce sujet est politiquement dangereux, surtout lorsqu’il est abordé par des hommes, suspectés d’indifférence, parfois à tort, car ils ne sont pas totalement exclus des souffrances de leurs compagnes. Dans tous les cas, les médecins mâles ou femelles ont les moyens de comparer les méthodes et d’en évaluer les conséquences. C’est ce qu’ils ont fait…

Le premier impact certain de la péridurale est une diminution de l’allaitement maternel. Les enfants ont une tétée moins vigoureuse et leurs mères diminuent la période d’allaitement au sein. Les causes multiples et partiellement méconnues sont dominées par l’usage systématique d’ocytocine synthétique en cas de péridurale. Cette hormone joue un rôle essentiel dans l’attachement.

Le travail, plus long et moins efficace, entraîne plus d’extractions instrumentales (forceps), voire de césariennes. La péridurale empêche aussi les mères de choisir leur position d’expulsion, donc d’optimiser leur travail.

La mère et l’enfant ont une température plus élevée et un plus grand risque d’infections. Les nourrissons crient davantage. Les nouveau-nés ont des scores de vitalité (apgar) plus bas et sont bien plus souvent admis en réanimation.

Le risque politique du sujet limite les études et leur financement, particulièrement sur les conséquences à plus long terme chez l’enfant. De premiers résultats pointent prudemment des conséquences psycho-affectives telles qu’une plus faible empathie chez les enfants nés sous péridurale.

Les études sur le développement cognitif sont encore plus timides, mais nous savons déjà que toutes les drogues anesthésiques au troisième trimestre de la grossesse et avant trois ans ont un impact négatif.

Certes, les choix que nous faisons aujourd’hui ne sont plus hollywoodiens et n’ont presque plus de conséquences dramatiques à court terme. Néanmoins, nous continuons, d’une certaine façon, à choisir entre la mère et l’enfant. La médecine n’arrivant plus à s’autocontrôler, les mères y parviendront peut-être avec plus de sérénité…

Références

Substituts d’aliments et de cathédrales

samedi 20 avril 2019

Un couple d’amis qui nous logeait n’a pas pu nous offrir de lait au petit déjeuner. Ils nous ont proposé en remplacement un liquide blanchâtre garanti sans lactose, sans gluten et sans soja. L’absence de soja m’a surpris, car cet aliment est parfois utilisé comme substitut du lait pour les nourrissons diagnostiqués intolérants au lait. Occasion d’affirmer ici qu’il n’existe aucun nourrisson intolérant au lait, et que les allergies aux protéines du lait de vache sont plus que rarissimes. Mais ces diagnostics de fortune ont donné lieu à de nouvelles filières d’aliments transformés. Les aliments sans gluten et autres « sans » découlent de diagnostics abusifs d’intolérances et allergies alimentaires. Occasion de rappeler ici que 94% des diagnostics d’allergie alimentaire sont des surdiagnostics et que les aliments abusivement exclus peuvent être réintroduits sans problème dans 90% des cas !

J’ai dû subir ce petit déjeuner sans lait, le matin qui a suivi l’incendie de Notre Dame de Paris ; coupant court à toute velléité de discussion médicale ou alimentaire, nous avons partagé l’émotion à l’unisson de nos compatriotes.

Puis quelques jours après le drame, chacun est revenu à ses marottes et ruminations intellectuelles. Donc moi aux miennes…

Nous sommes viscéralement attachés à notre histoire et nous sommes de fieffés conservateurs des joyaux architecturaux qui la jalonnent. Mais pour nos propres viscères, l’attachement est étrangement moins viscéral. Nous avons une fâcheuse tendance à détériorer toutes les filières alimentaires que nos aïeux ont élaborées durant des millénaires. Nous prenons avec notre santé alimentaire des risques insensés que nous n’oserions pas prendre avec nos vieux monuments.

Ces propos de circonstance peuvent être qualifiés d’elliptiques ou de fallacieux, je l’admets volontiers. D’autant plus que l’acception des cathédrales n’est plus aujourd’hui ce qu’elle était hier. Nous y contemplons l’art et l’histoire alors que nos ancêtres y communiaient avec leur Dieu. Nous y dissertons l’évidence anthropologique des religions, alors que nos aïeux y priaient pour leur survie. Pour ceux qui vivent encore la foi avec intensité, une arrière-cuisine est suffisante pour prier.

Comme tous, je souhaite conserver les cathédrales, entretenir les châteaux et réhabiliter les usines pour un certain besoin de permanence. Et bien que ni la biologie, ni la culture ne soient caractérisées par leur permanence, mes connaissances biomédicales me portent à penser que s’il faut évidemment du lait de femme pour nos nourrissons, nos enfants auront toujours davantage besoin de vrai lait provenant de vraies vaches mangeant de la vraie herbe que de charpentes moyenâgeuses.

Références

Devoir yankee de santé publique

vendredi 12 avril 2019

Selon le critère économique, progressivement devenu le seul critère de classement des nations, les Etats-Unis occupent résolument la première place. 

Mais ce pays détient aussi le record des catastrophes climatiques et géologiques. Sa côte Ouest subit de terribles tremblements de terre, sa côte Est affronte régulièrement les ouragans les plus puissants et les plus ravageurs. Il connaît de longues périodes de sécheresse et de gigantesques incendies. Sans oublier les records de froid et de précipitations enregistrés dans certaines régions.

Cette malchance géographique est aggravée par la tyrannie du marché qui impose le climato-scepticisme. Cette suprématie du business provoque également des catastrophes sanitaires de bien plus grande ampleur.  La misère physiologique des obèses n’est comparable à aucune autre. Les armes à feux provoquent la mort de  10 000 personnes chaque année et génèrent plus de 20 000 grands handicaps. La consommation massive de drogues est un fléau pour la santé cognitive. La dépendance aux opiacés de prescription médicale est un nouveau facteur de diminution de l’espérance de vie. Les nuisances chimiques et pharmaceutiques sont devenues l’une des premières causes de mortalité prématurée.

Devant cette débâcle sanitaire, il faut savoir prendre de grandes et bonnes décisions. Les autorités sanitaires viennent de baisser officiellement les seuils de diagnostic de l’hypertension artérielle et d’élargir le diagnostic de pré-hypertension. Ce sont désormais 46% des américains qui vont devoir prendre un traitement contre l’hypertension contre 32% avant 2019. Dans les années 1980-1990, les premiers abaissements des seuils avaient fait passer le nombre d’hypertendus de 9% à 32% de la population.

Les études indépendantes des bénéfices d’une telle mesure évaluent un gain sur la mortalité cardio-vasculaire de un pour mille à un pour dix-mille patients. Les plus pessimistes – disons plutôt les plus polémistes – parlent d’un effet négatif. 

Pour les laboratoires qui ont fait des études prospectives, cette décision officielle était  nécessaire pour la santé et l’espérance de vie des américains.

Sachons prendre modèle sur les experts américains de santé publique qui ont le sens de l’empathie et du devoir.

Référence

Devinettes et numéros discrets

jeudi 4 avril 2019

Première devinette.

Quelle est la maladie dont on parle tous les jours sur tous les médias, qui propose 25 millions d’entrées sur Google France, qui fait l’objet de dix-mille publications par an dans de grandes revues scientifiques, qui ne provoque aucun symptôme et pour laquelle aucun médicament n’a la moindre efficacité ?

Si vous répondez le diabète, vous êtes à la fois étourdi et perspicace. Etourdi comme la quasi-totalité des médecins, journalistes et patients qui ne savent pas que le mot diabète n’a aucune signification si l’on oublie de préciser de quel numéro il s’agit. Perspicace, car c’est bien du diabète de type 2 (DT2) dont il s’agit. Cependant, dans tous les cas, vous avez tort, car le DT2 n’est pas une maladie, c’est simplement un facteur de risque pour d’autres maladies. C’est même un facteur de risque plus facile à éliminer que beaucoup d’autres.

Deuxième devinette.

Pourquoi oublie-t-on toujours de mentionner le numéro qui fait la différence entre ce facteur de risque gérable et la maladie auto-immune irréversible et gravissime qu’est le diabète de type 1 (DT1) ?

La réponse exige ici témérité et nécessite des indices.

Premier indice. Pour faire disparaître le DT2, il faudrait réglementer sévèrement les sodas, l’automobile en ville, les distributeurs de sucreries, les écrans pour enfants, les aliments transformés, les escaliers roulants et tant d’autres succès de la technologie et moteurs de la croissance.

Deuxième indice. Les médicaments du DT2 ne changent rien au risque de mortalité, mais le leurre individuel permet d’éviter les affres économiques du premier indice.

Le troisième indice est lié aux gains faramineux du deuxième indice.

À ceux qui oseraient une réponse et proposeraient des solutions, il faudrait rappeler qu’aucun gouvernement au monde n’a encore imaginé de projet alternatif à la croissance.

On ne peut donc pas espérer mettre un terme prochain à la confusion entre DT1 et DT2.

Si je parle d’une science de faussaire, d’une terminologie trompeuse ou d’une médiatisation biaisée on m’accusera d’être un théoricien du complot.

Je devrai alors me contenter du principe de réalité en constatant que même la très austère HAS (Haute Autorité de Santé) ne parvient pas à la rigueur scientifique qui convient à ces deux diabètes si dissemblables, puisque le Conseil d’Etat a dû récemment abroger la fiche de transparence et les recommandations sur le DT2.

De quoi conclure que les numéros des diabètes seront discrètement oubliés pendant très longtemps et qu’il faudra plus longtemps encore pour oser affirmer que le numéro 2 n’est pas une maladie.

Références

Petite leçon de décryptage d’un article médical

mardi 19 mars 2019


Les sciences de la santé étant les plus faciles à corrompre, voici dix points devant susciter la méfiance, lors de la lecture d’un article parlant d’un médicament dans la presse générale.

1/ S’il est dit que la maladie concernée est sous-diagnostiquée ou diagnostiquée trop tardivement, l’article est probablement lié à des conflits d’intérêts ou sous influence directe de l’industriel. Manipuler l’opinion par la nécessité d’un diagnostic précoce est très efficace, car conforme à l’intuition populaire.

2/ S’il est question de « fléau du siècle », il faut vérifier si le fléau correspond à la maladie citée. Dire que le cancer est un fléau n’a pas de pertinence pour parler de certains cancers (prostate, col de l’utérus, mélanome) dont chacun a un faible poids dans la mortalité. En outre, la grande fréquence d’une maladie ne signifie pas que l’article qui en parle soit pertinent. Cela devrait plutôt indiquer l’échec de ceux qui en ont la charge.

3/ Lorsqu’il s’agit d’une étude en cours, on peut cesser la lecture dans l’attente de résultats concrets. Car les échecs des études médicamenteuses sont généralement passés sous silence, contrairement aux échecs de la fusée Ariane qui sont tous mentionnés.

4/ Lorsque l’article surexploite le mythe du progrès. Vanter des succès historiques n’est pas suffisant pour anticiper un succès futur. Particulièrement dans le domaine de la santé.

5/ Lorsque l’article se résume à un ou plusieurs témoignages de cas individuels, cela ne suffit pas à établir une vérité médicale. Que ce soit l’exploitation d’un seul incident pour dénigrer un vaccin, ou la satisfaction d’un seul patient pour clamer l’efficacité d’un médicament.

6/ Lorsque la « charité » domine. La compassion et l’altruisme sont communs à tous les primates. Il est raisonnable de penser que les médecins ne font pas exception. Celui qui clame trop ostensiblement sa compassion est suspect. Très souvent la flamboyance de l’altruisme est proportionnelle au coût des thérapeutiques qui le sous-tendent.

7/ L’argument de l’action. En écho au fléau et à la compassion, le fameux « nous devons absolument faire quelque-chose » est une démagogie qui élimine, a priori et sans preuve, la possible supériorité de l’abstention.

8/ Lorsque l’article comporte des attaques ad hominem,comme accuser les adversaires du médicament d’être des intégristes ou des ayatollahs. On peut être intègre sans être intégriste.

9/ Lorsque la démonstration moléculaire est théoriquement trop parfaite. Le réductionnisme ne fonctionne pas pour les pathologies multifactorielles. Il faut attendre les résultats sur la quantité-qualité de vie. Production de recherche et production de santé ne sont pas synonymes.

10/ Enfin il faut déchirer tout article vantant une pharmacologie préventive dans les domaines où il est évident que seule la prévention hygiéno-diététique est efficace. Ce sont hélas les plus nombreux.

Références

De la sympathie à l’homéopathie

jeudi 14 mars 2019

Paracelse était un médecin entreprenant et fantaisiste. Sa théorie des signatures stipulait que la forme et la couleur des plantes indiquaient leur action : des feuilles en forme de cœur soignent le cœur et des fleurs jaunes soignent la jaunisse. Sa plus truculente invention est la « poudre de sympathie » composée d’une base d’huile de lin, de térébenthine, de vin rouge et de vitriol calciné, à laquelle il avait ajouté plusieurs ingrédients tels que de la mousse prélevée sur le crâne des cadavres, de la poudre de momie, de la cervelle de sanglier, des vers rôtis et du bois de santal.

Il s’imposait cependant par son charisme et reste considéré aujourd’hui comme celui qui a introduit la chimie en thérapeutique.

Sa poudre de sympathie a été largement utilisée aux XVI° et XVII° siècles pour guérir les plaies et aucun des grands noms de la médecine de cette époque n’en contestait ou n’osait en contester l’efficacité. Corneille et madame de Sévigné avaient personnellement témoigné des effets miraculeux de cette poudre sur eux-mêmes : « source de vie » pour l’un et « remède divin » pour l’autre.

Elle fut pourtant l’objet d’une vive polémique de 150 ans, non pas sur son efficacité, mais sur son mécanisme d’action. Cette poudre agissait à distance du patient, il suffisait de la déposer sur l’arme qui avait provoqué la blessure. Surnommé «onguent armaire», elle agissait aussi lorsqu’on la déposait sur un mouchoir ou un bâton ayant touché la plaie. 

Diverses théories savantes s’affrontaient. Vertu attractive causée par les astres et attirée sur la plaie par la médiation de l’air. Intercession du magnétisme animal. Enchaînement des chocs d’une matière atomisée entre l’arme et le patient. Ou encore, courant d’air entre des atomes de lumière et les atomes du sang, permettant aux esprits vitrioliques de s’installer dans tous les recoins de la plaie.

Ces conceptions mécanistes de la nature permettaient aux médecins d’utiliser la poudre de sympathie de façon licite sans être accusés de magie noire par les « sots » et les « ignorants ».

La polémique autour des mécanismes d’action de l’homéopathie dure depuis plus de cent ans et semble promise à une plus grande longévité. Après l’abandon de la « mémoire de l’eau », c’est aujourd’hui le remboursement de ces médicaments qui fait l’objet d’un vif débat.

Passer d’une approche magique ou mécanistique à une approche financière est assez révélateur de notre époque. Indépendamment de leurs théories explicatives et de leur efficacité clinique, ce sont aujourd’hui les médicaments les plus chers et les mieux remboursés qui jouissent de la plus forte adhésion et du meilleur ratio de suggestibilité.

Les dieux et la magie ont changé d’assise et de nature.

Références 

https://lucperino.com/622/de-la-sympathie-a-l-homeopathie.html

EBM et maladies chroniques

samedi 2 mars 2019

« EBM » est le sigle de « evidence based medicine » ou « médecine basée sur les preuves ». Ce concept promu dans les années 1960 recèle une insulte envers nos ancêtres médecins. Tous les diagnostics étaient déjà basés sur de solides preuves depuis la méthode anatomoclinique qui a fondé la médecine moderne dans les années 1800. La majorité des médicaments efficaces (insuline, antibiotiques, corticoïdes, aspirine, vitamines, vaccins, héparine, morphine, diurétiques, neuroleptiques, etc.) ont été découverts avant l’EBM.

S’arroger ainsi une rigueur qui existait depuis longtemps est une impudence qui peut cependant s’expliquer. Auparavant, la médecine gérait des pathologies monofactorielles dont les symptômes étaient vécus (infections, traumatismes, carences, épilepsie, etc.). Puis, au cours du XX° siècle, elle s’est intéressée à des maladies plurifactorielles : tumorales, neurodégénératives, immunologiques, psychiatriques, métaboliques et cardiovasculaires. Toutes caractérisées par une évolution lente et des symptômes erratiques rendant la preuve empirique impossible. Comment prouver que détruire quelques cellules cancéreuses, faire baisser la pression artérielle ou le cholestérol augmente la quantité-qualité de vie ?

Pour convaincre les médecins et les patients, il fallait remplacer la preuve individuelle vécue par une preuve populationnelle et probabiliste. L’idée était bonne, l’outil statistique valide et le paradigme séduisant. C’est pourquoi, depuis un demi-siècle, l’EBM et ces maladies dites « chroniques » monopolisent la pensée médicale.

Il est temps d’oser quelques raisonnables critiques.

Définir une maladie aux symptômes concrets était déjà difficile, c’est désormais impossible puisqu’une majorité de ces « maladies chroniques » ne sont jamais vécues (hypertension, hyperglycémie, cancer dépisté, etc.).

Les gains de quantité de vie sont négligeables et souvent non évaluables (le traitement d’une hypercholestérolémie par statine ne peut rivaliser avec celui du scorbut par la vitamine C ou d’une septicémie par la pénicilline)

Les gains de qualité de vie sont nuls ou négatifs (l’annonce d’un cancer non vécu est une perte, alors que la suppression des délires par un neuroleptique était un gain pour le patient et sa parentèle)

Les statistiques et publications ont accumulé des biais et tricheries si effarants que toute la pratique médicale en devient suspecte.

Considérons encore plus pragmatiquement l’échec global sur ces « maladies chroniques ». Si la médecine peut être fière d’avoir supprimé la variole, le pied-bot et le bégaiement, elle ne le peut pas pour des maladies dont la prévalence augmente (Alzheimer, myopie, obésité, cancer ou dépression). Même si certains facteurs sont sociétaux, cela reste un échec pour ceux qui en revendiquent la charge.

Enfin, reprocher le diagnostic trop tardif de maladies chroniques est antinomique, voire ubuesque. Après avoir insulté les médecins du passé, l’EBM récidive avec ceux d’aujourd’hui.

Références

https://lucperino.com/621/ebm-et-maladies-chroniques.html

Douleurs et fatigues chroniques

mercredi 20 février 2019

Les troubles psychosomatiques, tels qu’une tachycardie d’angoisse, une rougeur de gêne ou une acidité gastrique de stress, sont mesurables.

Inversement, pour les troubles somatoformes, tels que des douleurs ou des paralysies sans lésion, aucune technologie médicale, si sophistiquée soit-elle, ne peut ni les objectiver ni en déterminer l’origine. Depuis la fort mal nommée hystérie des anciens, ces troubles ont diminué en nombre et en intensité. D’une part, le progrès des investigations biomédicales a permis de confirmer certaines pathologies (hypothyroïdie auto-immune expliquant des fatigues, endométriose expliquant des douleurs, etc.). D’autre part, les plus bénins de ces troubles réagissent bien aux diverses psychothérapies.

Cependant, les douleurs et fatigues chroniques continuent d’échapper à ces deux cercles vertueux. Rien ne marche.

La médecine en a logiquement cherché des causes infectieuses. Dans les années 1930, le terme de « patraquerie brucellienne » a été créé pour désigner une fatigue générale supposée être une réaction tardive à une brucellose (on ne parlait pas encore d’hypersensibilité retardée). Puis la brucellose a quasiment disparu. Plus tard ce sont des virus (EBV, XMRV) qui ont été désignés, avant que leur responsabilité ne soit finalement démentie. Des vaccins ont également été mis en cause. Aujourd’hui, c’est la maladie de Lyme qui est souvent évoquée. Y aurait-il une « patraquerie lymienne » d’explication immunologique ? Pourquoi pas ?

Pour dissimuler son impuissance, la médecine a donné des noms divers à ces troubles : syndrome de fatigue chronique, fibromyalgie, encéphalomyélite myalgique, myofasciite à macrophages. Autant de noms qui soulèvent d’incessantes polémiques entre médecins et qui créent des situations conflictuelles avec des patients exigeant une confirmation biologique de leur souffrance.  

La question est donc de savoir si nous ne trouvons rien, parce que nos moyens d’investigation sont encore trop faibles, ou parce qu’il s’agit vraiment de troubles somatoformes.

Pourtant les recherches génétiques et métaboliques sont de plus en plus profondes et précises ; certains ont détecté des particularités de la protéine G ou du collagène. Mais chaque anomalie est si brève ou si insignifiante, que nul ne peut dire si elle est cause ou conséquence d’un mal plus diffus ou d’une souffrance psychologique. Certains commencent à croire que la vérité est inaccessible, voire métaphysique. D’autant plus qu’antidépresseurs, vitamines, acupuncture et antalgiques ont tous été testés sans succès. Le seul point vraiment positif est l’effet bénéfique de l’exercice physique.

Quand je pense que j’ai fait autant d’études pour n’avoir même plus besoin de débrouiller les cas cliniques et pour n’avoir à prescrire que l’exercice physique pour toutes les perturbations cardio-vasculaires, métaboliques, immunologiques ou psychologiques, cela me déprime.

Références

https://lucperino.com/619/douleurs-et-fatigues-chroniques.html

Homophobie contre-productive

mardi 12 février 2019

Classiquement, en biologie, l’évolution des espèces opère au niveau individuel : les individus les plus favorisés dans un environnement donné ont un meilleur accès à la reproduction, donc à la diffusion de leurs traits avantageux.

Lorsqu’un trait non avantageux se maintient à un taux relativement élevé, cela pose un problème théorique. Ainsi, l’homosexualité mâle est un trait préjudiciable à l’espèce puisqu’elle entraîne un déficit de fécondité. Il est donc difficile de comprendre comment un tel trait a pu se maintenir à une fréquence stable de 2% à 6% dans toutes les populations humaines. Cette énigme constitue un véritable paradoxe darwinien.

Si nous admettons que tous les traits ont un support génétique, il est encore plus difficile de comprendre comment les gènes de l’homosexualité peuvent se transmettre. Les biologistes ont résolu cette énigme en montrant que la sélection d’un tel trait se situe à des niveaux supérieurs à celui de l’individu.

On constate une nette supériorité de la fécondité féminine dans les lignées parentales des homosexuels masculins. Un modèle génétique conclut à l’existence d’un pool génique sur le chromosome X dont l’expression est sexuellement antagoniste, en augmentant la valeur sélective et la fécondité chez la femme et en la diminuant chez l’homme. Une étude plus récente suggère une meilleure attractivité des hommes hétérosexuels de la lignée. Il y aurait donc un avantage d’appariements et de fécondité dans la lignée parentale des homosexuels mâles. On parle alors de « sélection de parentèle »

 Une autre théorie situe la sélection à un niveau supérieur : le niveau sociétal. Une société est dite « stratifiée » lorsque son organisation économique et politique conduit à des catégories sociales inégales en termes de pouvoir, de prestige et de richesse. Plus une société est stratifiée, plus les traits associés à une ascension sociale sont sélectionnés ; cependant ces traits ne dépassent jamais une certaine fréquence, car ils sont d’autant plus avantageux qu’ils sont rares. Certains auteurs ont montré que de telles sociétés présentent une fréquence relativement élevée de préférence homosexuelle mâle, car elle favorise l’ascension sociale de femmes dites « hypergynes », c’est-à-dire porteuses de signaux de haute fécondité.

Ces types de sélection, à des niveaux supérieurs à celui de l’individu, sont, pour l’instant, les meilleures explications du paradoxe darwinien de l’homosexualité mâle.

Enfin, l’homophobie pourrait contribuer à la diffusion des gènes de l’homosexualité, en contraignant les homosexuels à se cacher. Le mariage hétérosexuel est une dissimulation parfaite, mais il favorise la diffusion des gènes. Ainsi, une société homophobe aurait paradoxalement un taux d’homosexualité mâle supérieur à celui d’une société tolérante.

Les intrications complexes entre biologie et culture rendent donc l’homophobie contre-productive.

Références

Tout l’or de la psychiatrie

lundi 4 février 2019

Tout l’or de la psychiatrie

Dans notre pays immensément riche, l’armée, la recherche, la police, la justice, l’éducation, la culture et le sport se plaignent tour à tour de la misère de leur budget. Ces plaintes itératives interrogent les concepts de richesse et de misère. Dans le domaine de la santé, cher à mon cœur, les lamentations financières de mes confrères hospitaliers ou libéraux de toutes spécialités suscitent les mêmes interrogations.

Aujourd’hui, alors que la psychiatrie médiatise à son tour sa détresse budgétaire, je me rappelle un article fameux, paru en 2011, sur le fardeau des maladies mentales en Europe. L’ensemble de ces maladies touche de 15% à 30% de la population selon les analystes.

– 15% lorsque l’on ne considère que les plus invalidantes : psychoses, autisme, addictions, obsessions et phobies.

– 30 % lorsque l’on inclut la nébuleuse des dépressions et anxiétés multiformes.

Quel que soit le chiffre retenu, ce pourcentage est « monstrueux » en termes d’épidémiologie. Seule la peste a réussi à dépasser un tel ratio.

Tous ces patients nécessitent une surveillance régulière et ont besoin d’une assistance, soit ponctuelle, soit tout au long de leur vie. Il n’est donc pas surprenant que les professionnels en charge de ce soutien s’estiment régulièrement en sous-effectif. Ces malades sont également les plus gros consommateurs d’arrêt de travail, obligeant les personnes saines à les suppléer dans tous les secteurs de l’économie et de l’administration. Enfin, ils sont de gros consommateurs de psychotropes dont les effets secondaires provoquent un surcroît d’énigmes diagnostiques, d’hospitalisation et d’accidents.

Il faut donc ajouter à ces 15 ou 30%, autant de personnes gestionnaires et victimes. Tout économiste vous prouverait qu’aucun pays ne peut supporter les coûts directs et indirects de ces pathologies. J’ajouterai : surtout si ces pays sont riches et possèdent corrélativement des exigences élevées de soin.

Je ne suis évidemment pas opposé à l’augmentation du budget de la psychiatrie, car je n’ai pas envie de me faire lapider. Cependant je me permettrai d’exiger au préalable une définition de la maladie mentale. Car si nous continuons à subir cette inflation de diagnostics et de psychotropes, tous les secteurs de l’économie seront bientôt en sous-effectif par le truchement des arrêts de travail. Les épargnés seront alors surmenés et victimes de burnout, venant encore gonfler le taux des « maladies mentales ». 

Ainsi, tout l’or du monde ne pourrait jamais satisfaire les nouvelles exigences budgétaires, car le budget est un trompe-l’œil qui masque le problème humain.

Enfin, la psychiatrie devrait mieux étudier l’explosion épidémique des maladies mentales dans notre riche Europe. Ce phénomène résulte-t-il de la richesse ou de l’environnement technologique et social qui a créé cette richesse ?

Dans les deux cas, l’argent n’est pas la solution

Références