Archive pour la catégorie ‘Non classé’

Cibler le syndrome de sevrage

vendredi 19 février 2021

Fut un temps où le marché consistait à fournir aux clients ce dont ils avaient besoin pour survivre. Le marketing a pris son essor lorsque l’offre a dépassé la demande, son art fut d’élargir le domaine de l’indispensable. Couteau à beurre, ouvre-boîte électrique, bas-résille, rameur d’appartement, voyage organisé ou vidéo-surveillance sont alors devenus nécessaires. Mais devant nos caves et greniers, saturés d’objets nécessaires, rapidement destitués et jamais renouvelés, les experts de la mercatique ont dû innover pour parvenir à des nécessités irréversibles. Cibler l’addiction et le syndrome de sevrage devenait le but suprême.

L’abandon de la trottinette électrique ne dérègle pas la physiologie, celui de la montre connectée ne perturbe pas l’équilibre psychique. Inversement le sevrage des jeux-vidéo ou des benzodiazépines peut être douloureux ou dangereux. Tabac, alcool, bombons et sodas avaient déjà usé des rouages mercatiques de l’addiction, sans génie et sans gloire.

La palme revient à la pharmacie qui a su générer des syndromes de sevrage où nul ne les attendait. Nous connaissons bien les dégâts des opiacés que l’angélisme du soin a cru non addictogènes. Plus subtile est la dépendance aux somnifères et tranquillisants qui est passé d’un mois avec les barbituriques à moins de deux semaines avec les benzodiazépines.

Le syndrome de sevrage aux antidépresseurs de type ISRS est beaucoup plus raffiné, leur manque ne provoque aucun trouble physiologique, mais leur arrêt majore les angoisses, et l’état psychique devient pire que celui qui avait motivé la prescription : preuve irréfutable qu’il fallait bien en prendre. Aucun vigneron n’aurait osé dire que le vin est le meilleur traitement du delirium tremens.

Plus machiavéliques sont les antiacides gastriques dont l’arrêt provoque un rebond acide, ou les statines dont l’arrêt majore le risque cardio-vasculaire que l’on voulait éviter. Autant de preuves de leur nécessité ! Les antimigraineux transforment les céphalées aigues en céphalées chroniques, donc à plus de dépendance. Devant la menace des thérapies comportementales, bien plus efficaces, les marchands essaient de capter une clientèle de plus en plus jeune, jusqu’à suggérer la prescription d’antimigraineux en cas de pleurs incessants du nourrisson, car ces coliques ont une corrélation avec la migraine chez l’adulte. Aucune loi n’oblige la notice des médicaments à préciser que le pire des effets indésirables est de commencer…

Commencer le plus tôt est le mieux, les embryons et les fœtus sont les plus captifs, quand leur mères sont traitées ils font des syndromes de sevrage aux psychotropes après la naissance et deviennent les meilleurs candidats pour de futures dépendances pharmacologiques. Mercatique transgénérationnelle à laquelle ne peuvent même plus rêver les marchands d’alcool et de tabac. Heureusement que le cannabis thérapeutique va pouvoir enfin régler tous ces problèmes, comme le dit la publicité.

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Plusieurs fois cinq ans

jeudi 4 février 2021

Les lois de la sélection naturelle sont si simples qu’un enfant de 5 ans peut les comprendre. Qu’on m’amène alors un enfant de 5 ans, aurait répondu Groucho Marx. Pourtant beaucoup d’adultes, même savants, oublient que le hasard est le premier élément de ces lois. Il est erroné de dire que les éléphants d’Afrique ont des défenses de plus en plus courtes pour échapper aux trafiquants d’ivoire. Non, l’évolution n’a ni stratégie ni finalité, elle n’est pas téléologique, pour employer un gros mot. Le hasard des mutations fait varier la longueur des défenses et ceux qui ont les plus courtes défenses échappent plus souvent aux massacres et augmentent d’autant leurs chances de reproduction, donc leur nombre relatif.

Les virus sont beaucoup plus petits que les éléphants, les enfants de 5 ans peinent à comprendre qu’ils répondent pourtant aux mêmes lois. Parmi toutes les caractéristiques des éléphants, l’ivoire est celle qui intéresse le plus l’homme. Parmi toutes celles du virus, seules deux nous intéressent : la virulence et la contagiosité. Allez savoir pourquoi !

Si les éléphants se suffisent à eux-mêmes pour se reproduire, les virus en sont incapables, c’est pour cela que la contagiosité est le meilleur moyen d’augmenter leur progéniture. Je sens qu’un adulte attentif va en profiter pour me dire que la reproduction est donc une finalité de l’évolution. Comme je n’oserai pas lui répondre que c’est juste une caractéristique de la matière vivante, de guerre lasse, je lui dirai que je suis d’accord. Donc le virus se fout de sa virulence, seule sa contagiosité importe pour sa reproduction. La virulence n’est pas une bonne chose, car elle est aussi visible que les défenses pour un éléphant. La contagiosité c’est le Graal.

Revenons donc au hasard des mutations. Virus ou éléphants, l’aléa est toujours le même, Si une mutation rend un virus plus virulent, il se reproduira moins que les plus discrets, au mieux, son hôte s’immobilisera au fond de son lit, au pire, il mourra avec son hôte. Adieu la contagion. Ça, un bon nombre d’adultes l’on déjà compris. Bravo !

Imaginons maintenant qu’une mutation augmente la contagiosité, ce ne sera qu’un léger avantage pour un virus très discret, mais l’avantage sera plus important pour un virus moins discret dont les hôtes font tout pour limiter la propagation. Ainsi, dans le cas où il y a de fortes barrières à la contagion, les mutants les plus contagieux ont moins de concurrents et plus de chance d’accès à la reproduction.  Il faut juste espérer qu’une mutation de majoration de la virulence ne se produise pas chez un de ces mutants sélectionné par nos gestes barrières.

Ce ne serait même pas une vengeance contre ceux qui veulent le contrarier, ni un caprice ; ce serait juste l’évolution qui optimiserait sa reproduction. Cela est plus difficile à comprendre, même par ceux qui ont plusieurs fois 5 ans.

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Irrémédiable immunosénescence

jeudi 28 janvier 2021

Certains d’entre vous l’ont remarqué, lorsque les années s’accumulent, l’aspect de la peau se modifie. Diminution progressive des fibres élastiques, de l’acide hyaluronique, des cellules souches et des divisions cellulaires. Sans savoir tout cela, les plus ignares en biologie peuvent évaluer l’âge d’une personne avec un risque d’erreur de moins de 10% rien qu’en regardant son visage.

Au niveau des cartilages, des tendons et des muscles, les mêmes dégradations cellulaires se produisent accompagnées des douleurs et ankyloses diverses qui rythment la vie des séniors. 

Aucun système, aucun organe, aucune muqueuse n’échappe à cette dégénérescence. La sénescence des cellules est irrémédiable, car les processus physiologiques qui la sous-tendent permettent aussi de protéger les jeunes cellules contre les tumeurs. Entre prolifération cellulaire infinie et vieillissement cellulaire, la nature a trouvé un compromis pour éviter que nos organismes multicellulaires ne se transforment en énormes cancers.

C’est probablement parce que la dégradation du système immunitaire est moins visible que celle de la peau ou des cartilages que certains esprits frustes ont pensé pouvoir vacciner jusqu’à des âges canoniques contre les maladies qui tuent à ces âges-là. Force est de constater que le système immunitaire n’a pas miraculeusement échappé aux processus de la sénescence, puisque les vaccins faits aux enfants entraînent la suppression définitive des maladies visées, alors que la vaccination antigrippale ciblant les personnes âgées n’a pas beaucoup modifié le profil épidémiologique de cette maladie. Moi qui suis pourtant un inconditionnel défenseur de la vaccination, je m’étonne de cet acharnement annuel, sur un système immunitaire plus vieux d’un an à chaque fois.

Une solution, d’élégance incertaine, est de vacciner les enfants contre des maladies qui ne les tuent pas, pour empêcher ces maladies d’atteindre le séniors. Certains le proposent déjà pour la grippe et le SarsCov2.

Il existe actuellement plus de 300 vaccins à l’étude, certains contre des cancers, d’autres contre l’Alzheimer, la schizophrénie ou le tabac. Véridique !

Il serait cocasse de vacciner contre des cancers, des personnes âgées qui ont précisément atteint un grand âge car leurs processus de sénescence ont bien fonctionné et les ont protégées contre ces mêmes cancers. Vacciner les enfants contre ces cancers risquerait de provoquer un conflit avec leurs indispensables processus de sénescence. Vacciner des immunosénescents contre la maladie d’Alzheimer serait aussi ubuesque que d’en vacciner des enfants. Enfin, je reste pantois devant ceux qui pensent pouvoir éradiquer les maladies infectieuses qui tuent en fin de vie.  

Je pressens confusément qu’il va nous manquer de moyens pour contrôler les critères d’évaluation, les conflits d’intérêts et les objectifs de ces études et projets vaccinaux qui luttent conjointement, et sans concertation, contre la sénescence,  les cancers et les maladies infectieuses.

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Épiques équipées coronaires

mercredi 20 janvier 2021

Le cœur des humains semble trop gros pour les fines artères chargées de l’irriguer. Ces artères coronaires se révèlent aussi très sensibles au stress. Elles s’encrassent plus vite que les autres et sont particulièrement sensibles aux milles poisons du tabac.

Les ennuis que cause cette singulière tuyauterie ont incité les cardiologues à la déboucher, réparer, dilater, remplacer, récurer. Cette logique plombière est conforme à celle de leurs patients qui, pour déboucher leur lavabos, utilisent la ventouse ou la soude selon leur sensibilité mécaniste ou chimiste.  

Certains chirurgiens ont osé remplacer les coronaires par des artères mammaires, plus grosses, donc supposées plus efficaces. D’autres, plus aventuriers, les ont ouvertes pour les râcler. Dans les années 1960, elles ont été remplacées par des veines, étrange idée, car les veines sont dépourvues des muscles nécessaires au maintien d’une pression efficace.

Toutes ces chirurgies lourdes nécessitaient une circulation extracorporelle. L’exploit technique masquait les maigres résultats sur l’espérance de vie.

Cette médiocrité a enfin été dénoncée lorsque les progrès de la miniaturisation ont permis d’aller fouiller dans les artères coronaires sans ouvrir le thorax. En 1977, un médecin eut l’audace de dilater une coronaire en gonflant un ballonnet fixé sur un cathéter. Idée saugrenue qui révolutionna la chirurgie coronaire, la faisant passer de la barbarie à l’orfèvrerie. Changement de statut qui a donné des ailes aux cardiologues et à leurs patients, sans jamais entamer leur logique plombière…

Les innovations se sont succédé à un rythme de paradis. On a remplacé le ballonnet par de petits ressorts (stents). Double avantage, pour les patients dont l’artère restait dilatée et pour les fabricants de cet acier inoxydable facturé à cinq millions d’euros le kilo. Puis, constatant que ces stents se rebouchaient presqu’autant que les artères, on les a enduit de produits chimiques pour limiter cet encrassement secondaire. On parla de « stents actifs », dont le coût, cinq fois plus élevé, se justifiait par l’alliance entre mécanique et chimie, conciliant les adeptes de la ventouse et ceux de la soude. Hélas, tout cela modifiait peu la mortalité coronaire. Aujourd’hui des armatures résorbables ont remplacé l’acier permettant de rendre, à terme, sa virginité morbide à l’artère coronaire.

Les cardiologues pourraient avec raison juger mes sarcasmes injustes. Qui ne tente rien n’a rien. Ces merveilles de technologie imposent le respect, et leur effet placebo sur les chirurgiens se répercute logiquement sur leurs patients. Mais comme je tiens à mon esprit critique autant qu’à mes coronaires, maintes publications m’ont confirmé que la chirurgie coronaire est une coûteuse futilité en termes de gain de quantité/qualité de vie.

Enfin, un ami cardiologue m’a confié que la suppression du tabac et des sofas est bien plus efficace, mais que sans eux, il serait au chômage.

Il m’a fait promettre de ne pas le répéter.

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Je suis un virus

lundi 11 janvier 2021

Il est difficile de se mettre dans la tête des virus : ils sont les plus éloignés de nous dans la généalogie du vivant et n’ont pas de tête. Néanmoins, ils répondent comme nous à la première loi de l’évolution : se reproduire et diffuser. Sur ces deux points, nous sommes experts parmi les vertébrés, ils le sont parmi les microorganismes. Notre supériorité est l’autonomie reproductrice, alors qu’eux dépendent d’un hôte pour se reproduire. L’évolution a compensé ce handicap majeur des virus par de multiples avantages patiemment sélectionnés, comme s’ils avaient finalement une « petite tête » dans laquelle je vais tenter de m’immiscer.

Je suis un virus. Mon hôte est tout pour moi : transport, nid, garde-manger, diffusion de ma progéniture. Je dois le chérir, le respecter, voire l’assister ou le protéger de mes méchants concurrents. Ma réussite est totale lorsque mon hôte arrive à ignorer ma présence. Je dois bien choisir l’espèce à coloniser, certaines m’éliminent vite, d’autres comptent trop peu d’individus – les ours blancs risquent d’être une impasse pour ma progéniture. La virulence est la pire des stratégies, car la mort de l’hôte signe la mienne. Je peux me permettre d’être virulent avec les bactéries, car elles se reproduisent souvent avant que je les tue. L’idéal est de coloniser plusieurs espèces, mais c’est ardu. Je sais utiliser les comportements de mon hôte au profit de ma diffusion. Les copulations des mammifères sont un excellent passeport d’un individu à l’autre. Le sang peut être utilisé chez les animaux qui se mordent, ou la peau chez ceux qui s’entassent dans la même niche.

Homo sapiens est le diffuseur idéal : des milliards d’individus qui se frottent à toutes les espèces et se mélangent de mille façons. Chez lui, je dois éviter les symptômes trop visibles qui le conduisent à se réfugier au fond d’un lit, gênant ainsi ma diffusion. Il a aussi ajouté des armes techniques à son armada immunitaire. Je dois alors savoir profiter des symptômes que j’ai parfois provoqué, malgré moi. La toux a longtemps été ma meilleure alliée pour passer d’un homme à l’autre. Mais maintenant qu’ils sont très nombreux et ne cessent de bouger, leur peau et leur respiration suffisent à garantir mon avenir sur toute la planète. Hélas, la discrétion devient difficile, car ils sont de plus en plus vigilants. J’ai beau sélectionner les moins virulents de ma progéniture, épargner leurs embryons et leurs enfants, les hommes cherchent maintenant à me détecter même quand ils n’ont pas de symptômes. Ils ont désormais des comportements imprévisibles, comme cesser de bouger, de se réunir, de se toucher ou de parler, jusqu’à bouleverser dangereusement leur écologie comportementale.

J’ai déjà commencé à sélectionner mes descendants les plus contagieux et ceux qui peuvent échapper à leurs tests. Mais la route sera longue, car les hommes vont jusqu’à accuser injustement ceux d’entre mes frères qui se sont malheureusement fourvoyés chez un mourant ou un hôte sans avenir.

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Le babouin de Buffon

vendredi 1 janvier 2021

L’Histoire des sciences de l’évolution cite toujours l’impétueux Lamarck et le méticuleux Darwin, mais elle oublie souvent le pragmatique Buffon, véritable précurseur de la modernité dans les sciences de la vie et de la terre. Premier naturaliste à oser affirmer que les espèces se transformaient, il est aussi celui qui les a définies selon le critère unique de réussite de la reproduction. La définition d’une espèce comme un ensemble d’individus interféconds est toujours d’actualité. Écologue, avant l’heure, il a noté le rôle des oiseaux dans la dispersion des graines.

Buffon était convaincu que la Terre ne s’était pas transformée par une suite de catastrophes géologiques, comme on le croyait alors, mais que sa transformation était lente et graduelle. Il a suggéré, le premier, une possible dislocation et dérive des continents. Comme il possédait une forge, il a évalué l’âge de la Terre à près d’un milliard d’années, en extrapolant à partir du temps de refroidissement d’une boule de métal chauffé au rouge. Pour lui, le temps était le « grand ouvrier de la Nature ». Mais, pour la Monarchie et l’Église, l’âge officiel de la Terre était de 6000 ans, il n’osa donc pas publier ses travaux par crainte de perdre les subsides de ses protecteurs conservateurs et religieux.

Son plus grand talent a été celui de vulgarisateur. Ses 36 volumes de l’Histoire naturelle sont incontestablement le premier grand ouvrage de vulgarisation. Ses pairs lui ont reproché d’avoir trop voulu plaire au grand public. Il en est ainsi de certains chercheurs qui confondent rigueur et austérité. C’est pourtant grâce à Buffon que sont nées de nombreuses vocations de chercheurs et que les souverains du monde entier ont financé le Muséum d’Histoire naturelle de Paris dont il fit le plus beau musée de son époque et le plus dynamique centre d’enseignement et de recherche en sciences de la vie.

Sa seule « erreur » a été de refuser une quelconque parenté entre l’Homme et les animaux. Il a pourtant enfreint cette règle au moins une fois d’une amusante manière. Ruiné par le gestionnaire de sa forge, il dut passer par des bailleurs de fonds pour financer ses recherches. L’un d’entre eux, un soyeux lyonnais, nommé Babouin, lui intenta un procès pour le remboursement de ses créances. Il s’est vengé dans la rédaction de son Histoire naturelle, en donnant le nom de « babouin » au singe cynocéphale que chacun connait, et il en fit une description abominable. Les naturalistes ignoraient alors la pratique de l’infanticide chez certains mammifères et primates. Or le babouin est l’une des espèces ou l’infanticide pour soumettre les femelles est un comportement fréquent. Si Buffon l’avait su, ne doutons pas que sa description eut été encore plus abominable.

Comme les croyances religieuses ou les soumissions politiques, les problèmes financiers peuvent pervertir la science. Buffon, qui refusait toute ascendance commune entre hommes et singes, a fait descendre le babouin d’un soyeux lyonnais !

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Tapettes à mouches

lundi 21 décembre 2020

Dans les années 1990, après avoir constaté la similitude entre la maladie de la vache folle et la maladie rare de Creutzfeldt-Jakob, 5 millions de bovins ont été abattus. Puis, les contestations des paysans et la connaissance des prions ont conduit à un abattage plus sélectif. Chaque nouveau mutant de grippe aviaire conduit à l’abattage de dizaines de millions de poules, canards, dindes et autres volailles. Ce sont là des animaux domestiques dont la surproduction est la cause des maladies. La logique économique engendre une punition économique : rien que de bien « naturel ».

 Mais en 2014, une épidémie de brucellose chez les bouquetins du Bargy a conduit à une campagne d’abattage, alors qu’on dénombrait un seul cas humain, non décédé. Les vétérinaires ont violemment réagi, car cette mesure risquait a contrario de disséminer la maladie ; les animaux fuyant au lieu de développer leur immunité de groupe.

Pendant que l’on sacrifiait la « nature sauvage » des bouquetins on réhabilitait celle des ours dans les Pyrénées. Laissant penser logiquement que les ours ne doivent pas porter de maladie transmissible, ou que l’économie des moutons est moins cruciale que celle des vaches.

On a tué des millions de renards chaque année pour lutter contre l’échinococcose, jusqu’à ce que les écologues vantent l’utilité des renards et que les médecins notent l’incidence négligeable et stable de cette maladie.

Les mouches ont aussi été victimes de cet engouement pour la protection de notre espèce. Elles sont les meilleures propagatrices des diarrhées à campylobacter. Les villages qui ont généralisé la pulvérisation d’insecticides ont vu l’incidence des diarrhées infantiles diminuer de 25%, par rapport aux villages qui ont épargné ces diptères. Ces banales gastro-entérites guérissent pourtant sans traitement et ne tuent jamais. Il y a de meilleures raisons d’exterminer les mouches : elles transportent quantité de dangereux parasites (sarcocystis, toxoplasma, isospora et amibes). L’éradication des moustiques, vecteurs du redoutable paludisme et autres fléaux, serait encore plus rentable.

Par contre, les chauve-souris, vecteurs de la majorité des viroses émergentes, bénéficient d’une totale impunité ; mieux, leurs diverses espèces jouissent du meilleur statut dans le programme de protection de la biodiversité. Si elles doivent cette faveur à leur statut de « cousin » mammifère, les bouquetins, innocents de tout homicide, auraient raison de hurler à l’injustice sanitaire. Les platanes rasés et les requins tués pour éviter l’encastrement de  motards et de surfeurs ont moins de protecteurs.

Enfin, les femmes enceintes jouent un rôle certain dans la transmission des maladies infectieuses, car leur immunité diminue naturellement pour tolérer leur fœtus à moitié étranger. Cependant, une limitation trop drastique des grossesses pourrait être préjudiciable à notre espèce.

Et une vie sans tapettes à mouches et sans vaches le long des trains paraîtrait vraiment longue.

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Végétariens et cancers

lundi 7 décembre 2020

Il n’est plus besoin de faire d’études pour prouver que la baisse de consommation de viande diminue l’incidence des maladies cardio-vasculaires. Le sujet ne fait plus débat depuis un demi-siècle. La diminution de consommation de viande et l’exercice physique ont contribué aux nouveaux gains d’espérance de vie constatés au cours des dernières décennies. 

Nous savons également que les régimes peu carnés diminuent le risque de cancer du côlon. Depuis quelques années, le nombre important de végétariens permet de faire des études de plus grande valeur statistique sur les effets de tels régimes sur la santé. La question des cancers a évidemment été abordée et il apparaît qu’outre le cancer du côlon, le régime végétarien diminue également des cancers aussi inattendus que celui du sein ou de la prostate. D’une manière générale, tous les risques de cancer sont abaissés de façon plus ou moins significative.

Les facteurs de confusion comme le tabac ont évidemment été pris en compte, et certaines études sont allées jusqu’à considérer d’autres facteurs de confusion tels que les traits de personnalité et d’autres éléments du mode de vie des végétariens raisonnables (hors véganes fanatiques). Par exemple, les femmes végétariennes prennent moins de traitements hormonaux de la ménopause et diminuent d’autant plus leur risque de cancer du sein.

Le plus amusant, si j’ose m’exprimer ainsi, est que les végétariens participent beaucoup moins aux programmes de dépistage organisé des cancers. Certains en concluront qu’ils sont alors porteurs de cancers méconnus qui se développeront tôt ou tard. Cette conclusion hâtive, quelque peu teinté d’idéologie pro-dépistage, est contredite par une mortalité globale par cancer plus faible chez les végétariens de tous âges suivis pendant longtemps.

Ce qui s’explique par le fait qu’une bonne part des cancers dépistés sont, soit de faux positifs, soit des cancers qui n’auraient jamais eu de manifestation clinique avant que la mort ne survienne par une autre cause.

Les végétariens ont donc moins de cancers cliniques, moins de cancers dépistés et moins de cancers virtuels ou infracliniques. Le bénéfice sanitaire de cette triple protection est encore plus grand que celui déjà constaté par la diminution de la mortalité. En effet, les angoisses liées à tous les dépistage et le couperet biographique que constitue une annonce de cancer aggravent la morbidité et la mortalité. On sait que tous les cancers, fussent-il cliniques, dépistés ou virtuels ont les mêmes répercussions psychologiques et biographiques. Nous n’irons pas jusqu’à encourager les végétariens dans leur insouciance diagnostique, car cela pourrait choquer l’académie. Nous devons tout de même les féliciter pour leur perspicacité sanitaire et leur sérénité face au destin pathologique, sans oublier de louer leur altruisme climatique.

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Cannabis thérapeutique pour tous

jeudi 3 décembre 2020

Il y a plus de trente ans, certains patients atteints de sclérose en plaques avaient constaté l’action favorable du cannabis sur leurs douleurs neuropathiques et leur spasticité. Ils ont alors modifié leur consommation pour passer d’un usage récréatif à un usage thérapeutique.

De là à supposer une action sur d’autres douleurs pour d’autres types de patients et de maladies, il y avait un fossé que les études n’ont pas comblé, mais l’idée était dans l’air. Combiner l’illégalité et les dangers du haschich avec l’éthique du soin avait de quoi exciter les commentateurs et déranger les législateurs.

Le processus habituel s’est alors enclenché. Le scenario en est classique, tous les cercles vicieux s’intriquent inexorablement : l’embarras des législateur catalyse l’excitation des commentateurs, l’hésitation des cliniciens majore les douleurs des patients, la prudence des politiques fédère toutes les impatiences. Quant aux marchands, ils n’ont besoin ni de complotistes, ni de lobbyistes, la démagogie sanitaire suffit – comment négliger la moindre douleur ? – Plus prosaïquement ils attendent la fusion entre l’énorme marché du cannabis et le colossal marché de la douleur.

Depuis environ 5 ans, malgré quelques polémiques, les lois s’assouplissent au rythme de l’essoufflement des législateurs, et chacun comprend que le cannabis thérapeutique va se banaliser. De grands financiers, producteurs de cinémas ou autres viticulteurs ont déjà investi dans des hectares de cette herbe prometteuse.

Les résultats concluants des effets du cannabis sur la douleur chronique se font toujours attendre, par contre, nous connaissons très bien son rôle dans le déclenchement et l’aggravation des psychoses. Nous connaissons les effets néfastes de la marijuana en cours de grossesse sur le nouveau-né et ensuite sur l’allaitement. Nous mesurons ses effets délétères sur le QI.

L’histoire va donc se répéter, la médecine en est coutumière, cela s’appelle « l’extension des indications », transformant un rapport bénéfices/risques éventuellement positif pour quelques individus en un rapport négatif pour la santé publique. La morphine était classiquement réservée aux agonisants et aux douleurs du cancer, son extension à des douleurs banales a provoqué la plus grosse catastrophe sanitaire de l’histoire moderne. Le cannabis, jadis utilisé par quelques patients hardis souffrant de sclérose en plaques, va devenir le nouvel antalgique à la mode.

Et les médecins dans tout cela ? Leur position est ambiguë, les souffrances  physiques et morales sont l’essentiel de leur gagne-pain, mais leur échec en ce domaine est patent. Ils se partagent cependant en deux camps. La majorité est silencieuse, elle a consenti passivement à la grande fabrique des addictions : barbituriques, benzodiazépines, ISRS, opiacés, et maintenant cannabis. La minorité résiste toujours un peu au début, mais nul ne peut échapper à la modernité.

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Les bons, les mauvais et les autres

samedi 7 novembre 2020

Dans l’infini éditorial du Covid19 se trouvent de « bons » consensuels et de « mauvais » contestataires. Si j’y ajoute mon grain de sel, c’est pour de simples raisons de survie cognitive.

Les « mauvais » ne cessent de répéter que cette épidémie n’est pas pire que la grippe de Hong-Kong de 1969-70, dont personne n’a parlé. Les « bons » sont ceux qui en appellent au civisme pour éviter une catastrophe dont ils ne cessent de détailler la progression. Les mauvais sont ceux qui affirment que la chloroquine est efficace. Les bons sont ceux qui annoncent l’efficacité supérieure du remdesivir. Les mauvais ne trouvent pas de preuve sérieuse de l’efficacité du masque en population générale. Les bons vantent nos progrès dans l’acquisition et le stockage des précieux masques. Les mauvais déplorent les dégâts de la distanciation et du confinement chez nos enfants. Les bons incitent à plus de restrictions pour les jeunes. Les bons acceptent de sacrifier l’économie pour la santé. Les mauvais pensent que l’inactivité sera plus meurtrière.

Les bons seraient alors des naïfs du consensus et les mauvais des gibiers du complotisme. Les uns circonvenus par la démagogie du pouvoir, les autres fascinés par le populisme de la contestation.

Cert écart vient de notre ignorance mal assumée sur ce virus, son impact sanitaire réel et son épidémiologie future ; nous ne saurons que dans deux ou trois ans si cette virose respiratoire n’est que la énième de celles que connaît l’humanité depuis toujours, et si sa seule différence est précisément son infini éditorial.

En attendant, évitons ceux qui se servent de vérités pour glisser des mensonges. Ceux qui parsèment de science leurs élucubrations avec d’habiles mises en scène. La science dévoyée de Didier Raoult et le complotisme habillé de science d’Ema Krusi se rejoignent dans un même et dangereux obscurantisme.

Notons cependant quelques vérités rassurantes. Oui, la grippe dite de Hong-Kong qui a sévi en France pendant l’hiver 1969-70 a fait 32000 morts en 3 mois, selon les estimations les plus précises. Soit, à l’époque 640 morts par million d’habitants (mMh). Oui, notre épidémie actuelle avec ses 40 000 décès en 9 mois n’a pas encore dépassé ce taux, puisqu’elle n’en est qu’à 590 mMh. Oui, elle épargne nos enfants. Oui, la perte d’années/qualité de vie est faible, car la mortalité concerne des personnes à faible espérance de vie. Non, le laxisme suédois face à cette épidémie n’a pas provoqué de cataclysme sanitaire.

Il y a aussi d’autres vérités incontestables et moins rassurantes. Ni la chloroquine qui ne coûte rien, ni le remdesivir qui coûte une fortune, n’ont la moindre efficacité sur cette maladie. Non, aucune épidémie ne peut modérer la corruption, le profit  et le lobbying. Non, on ne peut pas faire un vaccin sûr et efficace en quelques mois, surtout contre une virose respiratoire.

Le plus difficile est d’habiller ces vérités avec la bonne éthique et la bonne mercatique, pour ne pas être classé parmi les mauvais.

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