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Pygmalion a de la poigne

jeudi 18 octobre 2018

Voyant Pygmalion fol amoureux de la sculpture qu’il venait de réaliser, Aphrodite la transforma en femme afin que le sculpteur puisse l’épouser. L’effet pygmalion, issu de cette mythologie grecque, désigne une prophétie auto-réalisatrice positive. Inversement, Golem est un humanoïde hideux, issu de la mythologie juive. Il est soumis à son maître et dépourvu de libre-arbitre. L’effet Golem est une prophétie auto-réalisatrice négative.

Ces prophéties auto-réalisatrices sont régulièrement constatées dans des études en sciences cognitives. Lorsque les expérimentateurs s’attendent à des résultats positifs, les sujets testés ont de meilleurs résultats. Et inversement, si l’environnement est plus suspicieux, ils obtiennent de moins bons résultats aux tests.

En médecine, cela peut aller encore plus loin. Après avoir appris qu’ils possèdent le gène ApoEε4 connu pour augmenter le risque de maladie d’Alzheimer, des sujets sains de 50 à 90 ans obtiennent de moins bons résultats aux tests cognitifs que des sujets possédant ce même gène sans en avoir été informés. Quant aux sujets informés qu’ils ne possèdent pas ce gène, ils ont de meilleurs résultats que ceux qui ignorent s’ils le possèdent ou non.

Ainsi, ce n’est pas le gène qui détermine les performances cognitives, mais le fait d’en être informé ou non.

Nous supputions déjà l’inutilité et l’absurdité de recherches génétiques chez des personnes saines et sans antécédents familiaux, voici que nous en découvrons la nocivité.

Une autre étude a utilisé l’échelle de Ryff pour évaluer « l’élan vital » et le « bien-être psychologique » chez 4500 personnes. Elle a montré une corrélation positive entre cette évaluation et deux indicateurs sanitaires mesurés 4 ans plus tard : la force de préhension (la poigne) et la vitesse de marche.

En ce qui concerne la poigne, une méta-analyse d’une cinquantaine d’études conclut qu’elle est un excellent révélateur de l’âge biologique et de l’état de santé des personnes vieillissantes. Dans le même registre, une cohorte d’adolescents, suivis pendant 25 ans, révèle que ceux dont la force de poigne est inférieure à la moyenne semblent avoir un risque un peu plus élevé de mortalité cardio-vasculaire et de suicide.

Les cliniciens n’ont pas besoin de telles études pour confirmer certains faits qui leur semblent évidents. Néanmoins, ces études, bien que surprenantes ou amusantes, ont une méthodologie rigoureuse qui peut conforter les cliniciens dans certaines conduites. Pour éviter l’effet Golem et renforcer l’effet pygmalion, ils éviteront les bilans, analyses et enquêtes génétiques chez leurs patients de plus de 60 ans, tout particulièrement à ceux qui ont une bonne poigne. Quant à ceux qui une mauvaise poigne, ils pourront judicieusement leur conseiller de remplacer le temps passé à faire et à commenter ces analyses par du temps de marche. Tout en renforçant ces conseils par une vigoureuse poignée de main.

Références