Archive pour la catégorie ‘Non classé’

Cardiologie et plomberie environnementales

lundi 27 mars 2023

Chacun choisit sa médecine non seulement en fonction des maux qu’il vit, mais aussi en rapport avec ses croyances et son mode de raisonnement. Tel conservateur prendra les mots de l’académie pour une vérité définitive, tel aventurier se livrera sans précaution aux chamanes et gourous, tel mystique s’offrira aux bistouris où il verra la main de Dieu, tel geek adoptera un régime nutritionnel à l’ésotérisme démonstratif, tel philosophe évitera les soins trop consensuels.  

Les ingénieurs sont passionnés par la cardiologie, probablement car le système cardiovasculaire leur paraît relever d’une logique plombière avec sa pompe, ses valves et sa tuyauterie ; les mesures mécaniques de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle confinant à la fascination.

Un de mes patients polytechnicien s’étonnait de voir sa pression artérielle s’élever en altitude, alors que la pression atmosphérique diminue. Son raisonnement était théoriquement parfait. La pression artérielle étant le produit du débit cardiaque (nommée précharge par les cardiologues) par les résistances périphériques (postcharge). La baisse de la pression atmosphérique diminuant la postcharge devrait aussi diminuer la pression artérielle. CQFD.

Je lui répondis (trop) vite que l’effort pour monter en altitude avait augmenté sa précharge ; mais il avait prévu cette (stupide) remarque en me précisant que sa pression artérielle restait élevée, même au repos.  

Je lui expliquais que la précharge et la postcharge dépendaient elles-mêmes de nombreux autres paramètres (muscles et tissus des artères et du cœur, fonction rénale, saturation en oxygène, viscosité et composition sanguines, etc.), chacun étant soumis à son tour à des régulations hormonales et nerveuses. J’allais jusqu’à mettre la médecine en danger en disant que nous ne connaissions qu’une infime partie des centaines de facteurs de régulation de la pression artérielle.

Il me fit remarquer judicieusement qu’entre 0 et 5000 m d’altitude, la pression atmosphérique était divisée par deux, passant de 750 à 375 mm de mercure. Baisse considérable comparée aux 120 mm de notre pression artérielle.

Il me restait l’argument environnemental de la concentration en oxygène de l’air ambiant, facteur qui mobilise encore plus de paramètres. Devant ses réticences, je lui assénais le coup final : après quelques mois en altitude, l’organisme finit par compenser tous les facteurs environnementaux et ramène la pression artérielle à son niveau usuel.

N’ayant pas vérifié ce fait, il l’accepta avec élégance. Il en conclut que le travail des cardiologues était plus facile que celui des plombiers, car les cumulus ne s’adaptent pas à leur environnement, il faut les changer trois fois plus souvent lorsque l’eau est calcaire. Et enfin, notre accord fut total sur le bénéfice cardiologique de la marche en montagne.

Longue consultation financièrement moins rentable que celle d’un mystique ou d’un philosophe, mais beaucoup plus riche.

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Recyclages

mercredi 15 mars 2023

En ces temps de préoccupations écologiques, le recyclage propose de donner une nouvelle vie aux plastiques, aux métaux et aux divers objets qui envahissent notre espace.

L’industrie pharmaceutique en a une conception particulière, plutôt que de recycler ses déchets en de nouveaux creusets, elle cherche de nouvelles indications thérapeutiques pour les molécules dont le commerce s’essouffle ou le brevet expire. Les essais cliniques qui accompagnent ces recyclages ont des résultats parfois positifs et souvent insolites.

Les glitazones qui se sont révélées inefficaces et dangereuses dans le traitement du diabète type 2 ont été relancées pour le traitement de la leucémie myéloïde chronique.  

Le thalidomide dont chacun connaît l’histoire catastrophique est aujourd’hui indiqué dans le lupus, les aphtoses sévères et le myélome.

Nous connaissons les amphétamines, ces drogues dont de multiples dérivés ont été déclinés par Servier. Si ce laboratoire a connu le fiasco du Médiator, d’autres ont été plus heureux avec la Ritaline indiquée dans le trouble déficitaire de l’attention chez l’enfant et dont les prescriptions augmentent vertigineusement sans trop émouvoir.

L’hydroxychloroquine, ce vieil antipaludéen, présente un intérêt dans la polyarthrite et le lupus et a été récemment proposé à grand bruit contre la covid-19.

Les douleurs chroniques sont un casse-tête, car toutes les drogues finissent par s’y fracasser ; aujourd’hui l’engouement se porte sur les antiépileptiques et les antidépresseurs. Ces derniers sont également prescrits dans l’énurésie, les troubles obsessionnels, le sevrage tabagique, l’obésité et la dysfonction sexuelle féminine.

D’une manière générale, les psychotropes figurent toujours au palmarès de ces extensions thérapeutiques. Le succès initial des neuroleptiques dans la schizophrénie a entraîné l’une des plus importantes dérives du recyclage, ils ont été proposés sans recherche supplémentaire pour des maux aussi divers que vomissements, insomnies, asthme, prurit, douleurs, ou encore, de façon plus fantaisiste, troubles des règles, anxiété banale ou déshydratation du nourrisson. On leur a récemment trouvé une vertu pour la covid-19, encore elle.

Mais la palme revient assurément aux statines, ces médicaments destinés à baisser le taux de cholestérol. On a réussi à leur trouver quelque efficacité dans la sclérose en plaques, l’asthme, la schizophrénie, la maladie bipolaire, l’ovaire polykystique, la migraine et treize types de cancer dont évidemment ceux du sein et de la prostate. On les a testés sans succès dans la démence, et enfin dans diverses infections dont… je vous laisse deviner laquelle.

Le génie mercatique ne cesse de m’étonner : après avoir cherché des molécules pour les maladies, on cherche aujourd’hui des maladies pour les molécules. Cependant, le succès de plusieurs de ces recyclages impose deux conclusions scientifiques : toutes les maladies sont plurifactorielles et aucune molécule n’a qu’un seul effet.

Références bibliographiques

Rendons à César

vendredi 3 mars 2023

Après les polémiques soulevées par McKeown qui contestait le rôle de la médecine dans l’augmentation de l’espérance de vie, on peut désormais évaluer plus sereinement les parts respectives de la médecine et des autres progrès.

Précisons que l’espérance moyenne de vie à la naissance (EMVN) est sans rapport avec la longévité de notre espèce. L’EMVN est une donnée statistique qui varie considérablement en fonction de l’époque et de l’environnement, alors que l’âge des doyens de l’humanité varie fort peu.

La diminution de la mortalité infantile est, de loin, la première cause d’augmentation de l’EMVN. En France en 1740, l’EMVN était de 25 ans car la mortalité infantile avant un an (MI) était de 25%, et la moitié des enfants mouraient avant 10 ans. L’EMVN était de 40 ans en 1840, ce bond de 15 ans en un siècle est dû à la vaccination antivariolique et aux premiers progrès de l’hygiène.

Ensuite, l’EMVN est passée de 45 ans en 1900 à 65 ans en 1950. Ces vingt années de vie gagnées sont liées à la baisse de la MI qui est passée 15% à 5% pendant ce demi-siècle. La moitié de ce gain est attribuable aux vaccins et l’autre moitié aux progrès sociaux (confort, école, habitat, travail).

L’EMVN a encore progressé de 13 ans dans la deuxième moitié du XXème siècle pour atteindre 78 ans. Certes, la MI a encore baissé jusqu’à 0,5%, mais les adultes ont aussi largement participé à ce gain pour diverses raisons non médicales : arrêt des guerres et nouveaux progrès techniques et sociaux. La médecine y a encore participé pour moitié grâce aux antibiotiques, aux progrès de la chirurgie et de l’obstétrique et à une meilleure prise en charge des maladies cardio-vasculaires.

Depuis 2000, la France a encore gagné 4 années d’EMVN, mais celle-ci stagne ou régresse dans une douzaine de pays de l’OCDE. La MI s’est stabilisée en dessous de 0,4%. La part sociale n’est plus significative, voire régresse pour diverses couches de population. La part médicale est indirecte par les alertes hygiéno-diététiques (sédentarité, tabac, sucre, viande), sa part directe devient insignifiante à quelques exceptions près comme le dépistage anténatal et les progrès du traitement des cancers infantiles. Mais le traitement des cancers de l’adulte n’a pas d’impact sur l’EMVN en raison de l’âge avancé de leur survenue : on estime que l’éradication de la totalité des cancers ne ferait pas gagner plus de deux ans d’EMVN.

En résumé, sur les 60 années de gain d’EMVN en trois siècles, il faut en attribuer une moitié à la médecine (vaccins, antibiotiques, hygiène, prévention, obstétrique et chirurgie).

Aujourd’hui, la médecine semble avoir épuisé ses moyens d’action directe, si ce n’est à un coût faramineux par minute de vie gagnée. Elle peut même contribuer à la baisse d’EMVN, comme le montre la crise des opioïdes aux USA. Pour de nouveaux gains significatifs, il faudrait supprimer le sucre, le tabac, la sédentarité et les pesticides. Faudra-t-il attribuer ces gains à César ou à ses sbires ?

références

Prodigieuse paraclinique

mercredi 22 février 2023

Les examens « paracliniques » désignent les innombrables techniques qui complètent l’examen clinique direct du patient : imagerie, sérologies, microbiologie, électrographies, endoscopies, génomique, etc. Leur but est de confirmer ou d’infirmer un diagnostic. La faculté enseignait de ne les prescrire qu’après avoir évoqué un ou deux diagnostics. Certains professeurs suggéraient de faire payer aux internes le coût des examens au résultat négatif, ou d’en évaluer l’utilité après diagnostic : une IRM pour tendinite ou maladie d’Alzheimer n’en change pas les soins. 

Cette parcimonie fait sourire, aujourd’hui la Sécu finance la gabegie. La fuite en avant s’accélère, entretenue par l’ingéniosité technique et l’activisme médical que la société exige. Les médecins n’osent plus de diagnostics sans confirmation paraclinique, et les patients considèrent ceux-ci comme suspects. C’est pourquoi la recherche biomédicale s’active dans deux directions, d’une part, la psychiatrie où les diagnostics restent exclusivement cliniques, d’autre part, le dépistage des maladies tumorales, cardiovasculaires et neurodégénératives avec l’espoir d’en retarder l’apparition clinique.

En psychiatrie, l’électrographie de la rétine aide au suivi des addictions, des dépressions majeures et de la schizophrénie. On a détecté six marqueurs biologiques corrélés au risque de suicide chez les bipolaires et les schizophrènes et onze pour la dépression majeure chez les adolescents. Un facteur neurotrophique aide à prédire un trouble bipolaire lors d’un premier épisode dépressif. Louons ces efforts pour distinguer les graves maladies psychiatriques des légers troubles de l’humeur ou du comportement.

Inversement, inquiétons-nous des risques d’excès diagnostiques et de leurs dérives commerciales. On a isolé un marqueur dont le taux est plus élevé en cas de stress post-traumatique, de fatigue chronique ou d’état dépressif, autant de diagnostics difficiles et instables. Certains contextes psychologiques (rumination, stress) modifient le taux des IgA salivaires, mais ce taux varie aussi en fonction des personnalités. Certains proposent la rétinographie pour diagnostiquer l’autisme, l’anorexie, le TDAH, voire la maladie d’Alzheimer ; cette dernière détient le record des marqueurs, on en est à plus de deux-cents !

Les cocasseries abondent en d’autres domaines. La spectroscopie par résonance magnétique nucléaire permet de mesurer plus de cent biomarqueurs à la fois ; les big data ont permis de discerner 4 biomarqueurs fortement corrélés au risque de mourir dans les cinq ans. Le décryptage du glycome (ensemble des sucres de l’organisme) est un bon prédicteur des maladies cardio-vasculaires et métaboliques ; voilà une prestigieuse façon de confirmer que le sucre est mauvais pour la santé. Le spectre de l’ostéoporose a conduit à 7 millions de dosage de vitamine D par an en France, mais on en ignore toujours l’utilité…

La recherche biomédicale m’émerveille. Il reste encore à surveiller qui la contrôle et à en décharger le budget de la Sécurité sociale.

Bibliographie

Marions-les

dimanche 12 février 2023

Plusieurs études, originales et sérieuses, ont essayé d’établir des relations entre le statut matrimonial et l’état de santé.

La cardiologie en livre d’étonnants résultats. Par exemple, le fait de vivre sans conjoint après 75 ans augmente de 25% le risque de décès dans l’année qui suit un infarctus.

Nous savons que la pression artérielle est intimement liée à l’environnement socio-professionnel. Dans un couple, la qualité de la relation conjugale auto-déclarée (haute, moyenne ou faible) est inversement proportionnelle à la pression artérielle. Les électrocardiogrammes d’effort après un stress mental révèlent que le myocarde des célibataires y est deux à trois fois plus sensible que celui des personnes vivant en couple. De manière générale, chez les femmes, le veuvage dégrade le profil cardio-vasculaire.

Chez les sédentaires, l’activité sexuelle entraîne des risques de mort subite et d’accident cardiaque aigu plus élevés chez les célibataires que chez les appariés. Cependant, une activité sexuelle régulière diminue ce risque (comme pour l’activité physique). La vie en couple serait alors un avantage, si nous postulons que l’activité sexuelle y est plus régulière.

Le statut matrimonial a bien d’autres répercussions sur la santé. La vie en couple et, a fortiori, la vie familiale limitent les conduites à risque et stimulent les fonctions cognitives. Ainsi, le risque de démence chez les célibataires et supérieur de 50% à celui des personnes mariées. Cette différence ne se constate pas chez les divorcés. C’est ainsi !

Le psychisme est évidemment concerné. L’hospitalisation pour raisons psychiatriques multiplie par cinq le risque de suicide du conjoint, dans les deux années suivantes. Le décès du conjoint multiplie ce risque par huit (toujours dans les deux ans) ; et si le décès est dû à un suicide, ce risque est multiplié par plus de vingt.

Une douleur importante en fin de journée chez l’un des conjoints diminue la quantité et la qualité de sommeil de l’autre, avec un sommeil d’autant moins réparateur que la relation conjugale est plus étroite. Quant aux douleurs chroniques, celle de l’un influe objectivement sur l’état de santé de l’autre.

Si le mariage est déjà fort connu pour augmenter l’espérance de vie des individus, on connaît moins ses répercussions en termes de santé publique. La prématurité et petit poids de naissance des nouveau-nés sont plus fréquents chez les mères célibataires que mariées. Dans un tout autre registre, le mariage diminue considérablement les conduites anti-sociales ; il réduit le risque de criminalité d’environ 35 %, bien que Bonnie and Clyde aient encore trop d’émules. Hélas, les féminicides viennent ternir ce beau tableau, car le conjoint en est l’auteur quatre fois sur dix.

Je n’ai mentionné que des études ayant éliminé les facteurs de confusion. Il s’agit donc bien de fortes corrélations sanitaires, lesquelles ne présument en rien des avantages et inconvénients du célibat en d’autres domaines.

Bibliographie

Imprudence clinique

vendredi 3 février 2023

L’intelligence artificielle (IA) est médiatisée comme une révolution. Les calculatrices de poche des années 1960 n’ont pas été commentées avec la même béatitude alors qu’elles étaient un premier miracle de l’IA, capables de faire mieux et plus vite que nous toutes les opérations mathématiques. Je ne peux plus m’en passer et je dois avouer que mon stylo sait encore effectuer les 4 opérations de base, mais ne sait plus extraire une racine carrée.

Depuis que l’échographie me donne la position du placenta et du bébé, mes mains ont perdu leur habileté obstétricale. Je fais une IRM cérébrale dès l’apparition du premier signe clinique neurologique. Cela me désole un peu, mais le progrès m’émerveille, il m’époustoufle. Si j’étais en fin d’études aujourd’hui, je me spécialiserais dans le décryptage génétique des maladies rares ou la radiologie interventionnelle et j’éviterai prudemment la traumatologie, la médecine environnementale, l’anesthésie, la psychiatrie ou encore la gériatrie. 

L’acquisition de mon premier dermatoscope a diminué mon inquiétude devant les suspicions de mélanome. Et lorsque j’étais trop inquiet, je demandais l’avis du dermatologue qui en avait vu cent fois plus que moi : sa base de données cérébrale était supérieure à la mienne. Aujourd’hui, la base de données du dermatologue est dérisoire comparée à celle de l’IA ; je n’ai plus besoin de lui, une photo avec mon smartphone me suffit. Cependant, je m’inquiète à nouveau, car si le dermatologue perd aussi son expertise, il ne pourra plus contrôler mon smartphone.

C’est ma seule véritable inquiétude. Qui contrôlera l’IA ? Les marchands ou les experts. Quelle intelligence artificielle nous dira s’il est vraiment utile de dépister les mélanomes ? De fanatiques transhumanistes ou de sages experts qui en constatent déjà l’inutilité.

Je crois connaître la réponse. Lorsque les essais cliniques ont été labellisés dans les années 1960, les institutions n’ayant rapidement plus eu les moyens d’en assurer la charge financière, les industriels en ont pris le monopole. Ce sont eux qui détiennent désormais les bases de données et les moyens de les exploiter. Mais tout est pour le mieux, car leurs clients occidentaux n’aiment pas la clinique des signes, ils aiment la thérapeutique, ils n’aiment pas le temps de l’indétermination.

L’IA ne sait pas encore que l’imprudence est une vertu clinique, que l’observation patiente et inopinée reste un excellent moyen d’améliorer la connaissance de l’histoire naturelle des symptômes, des maladies et de leurs porteurs.

La meilleure décision thérapeutique est celle qui repose à la fois sur les données de la science, le pragmatisme des patients et la connaissance irrationnelle et toujours imprudente des soignants.

L’IA sera toujours meilleure que les médecins pour le diagnostic du mélanome et la surveillance d’un traitement par insuline ou anticoagulants. Pour le reste, les bases de données devront intégrer le pragmatisme et l’irrationnel… Attendons encore un peu… 

Références

D’un mab à l’autre

mardi 24 janvier 2023

Dans les années 1940, la synthèse des alcaloïdes a ravivé la pharmacologie et fait croire que l’on pourrait circonvenir tous les symptômes et maladies. Ces médicaments sont encore très nombreux, mais leur vertu commerciale a depuis longtemps dépassé leur efficacité thérapeutique.

Aujourd’hui, l’engouement se porte sur les anticorps monoclonaux développés à partir des années 1980. Ils sont très nombreux, et l’on peut les reconnaître à leur dénomination commune internationale qui se termine toujours par « mab » (Monoclonal AntiBody). Ils ont été proposés initialement en cancérologie avec quelques résultats sporadiques de faible rentabilité sanitaire. Ils ont été logiquement testés en infectiologie et la Covid19 leur a donné une grande visibilité malgré leur médiocrité clinique.

Malgré cet écart difficile à combler entre l’espoir théorique et la dure réalité clinique, restons positifs et encourageons la recherche autour de ces « mab ». Hélas, ils sont désormais proposés dans les indications les plus farfelues avec une grossièreté dont seul le commerce est capable.

L’aducanumab avait été proposé en 2021 pour traiter la maladie d’Alzheimer à grand renfort de publicité avec la complicité coutumière des médias. Le principe était d’une stupidité qui laisse pantois, consistant à détruire les protéines beta amyloïdes qui s’accumulent dans le cortex, et dont on ignore si elles sont cause ou conséquence de la maladie, voire corollaires de la sénescence. Devant son coût exorbitant pour un rapport bénéfices/risques négatif, le médicament a été soit retiré soit refusé par la plupart des ministères.

Mais les industriels sont tenaces, et comme personne n’a trouvé plus séduisant que ces plaques amyloïdes pour séduire les médecins et obtenir l’agréement des autorités, ils viennent de proposer un nouveau « mab », le lecanemab. Grâce à une publication dans le NEJM (New England Journal of Medicine) qui est le tabloïd de l’industrie pharmaceutique, ils espèrent obtenir une autorisation, surtout en prévention, car la clientèle angoissée à la moindre perte de mémoire est immense. Il suffirait de tenir un an avant l’évidence de son inefficacité clinique pour avoir un retour confortable sur investissement.

Tout l’enjeu est là : tenir assez longtemps. Mais il apparaît que le marché, en plus d’être grossier est presque ridicule. En effet, à ce jour, aucun médicament (mab ou autre) proposé dans la maladie d’Alzheimer n’a eu de rapport bénéfices/risques positif, et on peut sans risque affirmer que cette dégénérescence intimement liée à l’âge ne connaîtra jamais de révolution thérapeutique.

Il nous reste à espérer le miracle d’un mab pour une myopathie ou une leucémie infantile. Je veux y croire. En attendant, je propose de considérer les chercheurs investis dans des recherches thérapeutiques sur la maladie d’Alzheimer comme ayant a priori des conflits d’intérêts. Et je suis certain qu’il n’y a pas besoin de gratter beaucoup pour le prouver.

Références

Epidémiologie saugrenue

dimanche 15 janvier 2023

Les faits divers sont médiatisés pour leur aspect saugrenu ou dramatique, jamais pour leur vertu pédagogique. Seuls des épidémiologistes obsédés par les chiffres peuvent tenter d’essorer les faits.

Après trois ans d’abstinences en Corée, l’Halloween 2022 à Séoul a généré tant de liesse que 154 jeunes âgées de 20 ans en moyenne ont perdu la vie. Soit une perte d’environ 10 000 années/qualité de vie dans ce pays où l’espérance de vie est de 83,5 années.

Fin 2021, l’Asie, avec une moyenne de 120 morts par million d’habitants (mMh), était moins touchée par le Covid19 que l’Europe avec 1800 mMh et les Amériques, très sévèrement touchées, avec 2700 mMh. À la fin de l’année 2022, le différentiel était le même avec cependant une progression plus marquée dans les pays d’Asie, malgré des mesures plus drastiques.

Il est difficile de savoir combien de vies ont pu être épargnées par les diverses mesures (confinement, masques et vaccins) prises dans chaque pays, car il est hasardeux d’évaluer ce qui se serait passé, si l’on n’avait pas fait ce que l’on a fait et inversement si l’on avait fait ce que l’on n’a pas fait. En recoupant diverses données, on peut estimer que ces mesures ont diminué le nombre de morts d’environ 20%. Acceptons ce chiffre, puisqu’il est impossible d’en proposer de meilleur ou de pire.

Sans minimiser cette épidémie, au risque de la lapidation, il faut tout de même dire qu’un âge moyen de décès supérieur à 80 ans est un chiffre en faveur de la bénignité.

La Corée du Sud a enregistré 29000 décès liés au Covid. En tenant compte de l’âge qui repousse l’espérance de vie, mais aussi de la sénescence immunitaire de ceux que l’épidémie a tués, un calcul grossier permet de dire que la Corée a épargné 15000 années-qualité de vie. L’épidémiologie est cruelle puisqu’une seule soirée festive a effacé presque deux ans de mesures sanitaires.

Aux USA en 2022, le Covid a tué environ 200 000 personnes tout aussi âgées. Les mesures en ont possiblement épargné 40 000, mais le nombre d’années-qualité de vie gagnées est certainement plus faible, voire négligeable, dans ce pays ou l’espérance de vie n’est que de 76 ans. Au cours de la même année, les armes à feu ont tué 44 000 personnes plutôt jeunes faisant perdre au minimum 1 200 000 années-qualité de vie. Toujours dans le même pays, le fentanyl, prescrit pour les douleurs a tué 60 000 personnes faisant perdre entre 1,5 et deux millions d’années-qualité de vie.

Les épidémiologistes sont de froid calculateurs amoraux et apolitiques. C’est pour cela qu’on ne leur a pas demandé leur avis. Si on l’avait fait, ils se seraient abstenus de le donner pour éviter, eux aussi, la lapidation. Ils auraient pu suggérer d’organiser des fêtes pendant le confinement ou de chercher un vaccin contre les armes à feu. D’autres auraient brûlé les stocks de fentanyl sans préciser que les douleurs sont plus fortes en cas de confinement.

Des propositions non seulement saugrenues, mais encore dépourvues d’attrait médiatique.

Références

Bref essai de talibanologie

mardi 3 janvier 2023

Les Talibans viennent d’interdire aux filles l’accès à l’université. Une brimade de plus dans la longue série qui caractérise leur nature et leur culture – si tant est que ces deux mots puissent convenir.

À en croire les chiffres, cette brimade n’est pas la première, puisque l’Afghanistan détient depuis longtemps le record de la plus faible espérance de vie pour les femmes avec la particularité unique d’être inférieure à celle des hommes. Même dans des pays comme la Chine et l’Inde où ce que l’on nomme l’héminégligence à l’égard des nouveau-nés féminins et leur infanticide se pratiquent encore, l’espérance de vie des filles est supérieure à celle des garçons.

Cela suppose que, dans ce pays très particulier, l’oppression et la brutalité envers les femmes dépassent ce que leur résilience et leur vitalité naturelles leur ont permis de supporter dans beaucoup d’autres pays.

Les évolutionnistes nous expliquent que cette privation de liberté que les mâles infligent à leurs femelles peut s’expliquer par l’angoisse que génère l’incertitude de paternité. Quel que soit notre amour de la nature, il faut bien admettre qu’entre les infanticides et la polygynie, la vie des femelles mammifères n’est pas un conte de fée.

Acceptons donc cette lointaine biologie qui, dans notre espèce, peut expliquer des atrocités comme la ceinture de chasteté, aujourd’hui disparue, et l’excision qui se pratique encore dans certains pays. Face à ces barbaries, l’obligation de porter le voile et de prudes vêtements pourrait apparaître comme dérisoire si elle ne s’accompagnait des sévices parfois mortels que subissent les désobéissantes. Chaque époque et chaque culture a déployé ses propres fantaisies machistes.

C’est paradoxalement un grand biologiste, Thomas Huxley, qui a été l’un des premiers à ouvrir les portes de l’université aux filles et à promouvoir leur éducation à l’identique de celle des garçons. Il a été également l’un des tout premiers, avec son ami Darwin, à démontrer notre parenté avec les grands singes. Tous deux ont dû affronter la fureur des évêques de l’Eglise anglicane qui n’acceptaient pas que l’être humain, « créature de Dieu » puisse être assimilée au monde animal. Ce qui n’a pas empêché cette Église, comme toutes les autres, de brimer systématiquement les femmes, donc d’entériner notre déplorable héritage biologique. Rien n’a jamais été limpide dans le chemin tortueux de l’hominisation.

Les biologistes ont donc parcouru ce chemin plus rapidement que les prélats et les imams. Quant aux fous de Dieu armés de kalachnikov, que doit-on leur reprocher ? D’être trop lents sur la route de l’hominisation ? De se tromper d’époque ? De n’avoir pas intégré l’utilité des femelles et des femmes pour l’avenir biologique ? Ou plus simplement de manquer des capacités cognitives nécessaires pour dominer les divers scénarios de l’affrontement entre nature et culture ?

Seuls des primatologues pourraient éventuellement répondre à cette question.

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Sport et chimie

jeudi 15 décembre 2022

Commençons par un truisme : le sport est bon pour la santé

Soyons plus précis : L’exercice physique régulier et modéré, par exemple une heure de marche par jour, est excellent pour la santé physique et mentale.

Soyons maintenant plus documentés : dans l’immense majorité des troubles et maladies de l’Occident, les bénéfices de l’activité physique sont largement supérieurs à l’action de tous les médicaments. Les études et publications qui le prouvent sont innombrables et l’on peut même se demander pourquoi il faut faire des études pour confirmer une évidence millénaire.

Terminons par une assertion plus péremptoire et moins attendue : cette supériorité de l’activité physique ne concerne pas seulement le diabète, l’hypertension ou l’obésité, comme cela est déjà admis, mais aussi la dépression, les cancers, l’insuffisance cardiaque, les infarctus, l’asthme, l’insomnie, les maladies auto-immunes, la trisomie 21, la maladie bipolaire, les douleurs chroniques et tant d’autres que l’académie n’ose même pas mentionner par crainte de sabrer la pharmacologie.

Cependant, la plus grave des maladies de l’Occident est la démesure. Après avoir de nouveau admis consensuellement la supériorité de l’exercice physique sur toutes les thérapies antiques et modernes, on s’attendait à revoir les piétons envahir les rues et chemins et la rouille corroder les ascenseurs et escalators. Il n’en a rien été, le marché du muscle a masqué l’intérêt d’aller vider la poubelle par l’escalier, d’aller à pied à la boulangerie ou à l’école, et à vélo au travail. Car chaque menace sur un marché se traduit par la création de marchés compensatoires ou collatéraux. Les menaces sur le tabac ont créé le marché des patchs et des vapoteuses, probablement aussi toxiques, sans pour autant affaiblir les cigarettiers. De la même façon, les menaces sur la pharmacologie de la sédentarité ont créé le marché du muscle avec ses multiples salles de fitness, parfois accessibles par ascenseur depuis un parking souterrain. Les villages ont créé des parcours de santé parsemés d’agrès tôt abandonnés et aussitôt vétustes, au lieu de débroussailler leurs chemins communaux. On a vendu de magnifiques tenues de sport fluorées et des chaussures qu’il suffit d’enfiler pour avoir déjà la sensation de courir.

L’organisation de compétitions est devenue très lucrative. On en a programmé de saugrenues et dramatiques, ironman, ultra trail du Mont Blanc ou marathon des sables, conduisant à des convulsions, déshydratations ou hypertrophies cardiaques amputant la quantité de vie.

Le pire est le dopage que les professionnels paient par le piteux état de leurs vieux jours, mais qui concerne aussi, voire davantage, les amateurs, car l’idée de compétition devient vite obsessionnelle dans un monde où rien n’est gratuit. 

Avec la déraison, la chimie finit toujours par gagner.

Références