Avenir de la prévention

Le nouveau ministère souhaite plus de médecine préventive dans les politiques de santé. Bravo.

Notre pays abonde de soins divers, accessibles à la grande majorité, mais il est très en retard dans le domaine préventif. Même pour les vaccins, nous avons dû passer par les obligations, tant l’idée de prévention est étrangère à notre culture d’assitance.  

La prévention est très distincte du soin, la première dépend de l’individu et le second de la médecine. Cette distinction est si fondamentale que le terme de médecine préventive peut être vu comme un contresens. Nous devrions parler d’individualité préventive, laquelle se forge par l’éducation et dépend de multiples traits psycho-sociaux dont aucun n’est du registre de la médecine. L’éducation relève de l’école et de la famille, les traits psycho-sociaux de tout l’environnement à l’exception du médical.

En outre, la médecine confond prévention et prédiction. La prévention consiste à éviter ou retarder des maladies, la prédiction consiste à établir des risques de maladies. Le dépistage de cancers, de cholestérol, d’hypertension artérielle, d’anévrysmes ou d’allèles sont des prédictions théoriques et hasardeuses. Les préventions qui peuvent suivre ces prédictions sont identiques à celles qui les précèdent. Il ne faut fumer ni avant, ni après un cancer, il faut marcher avant et après le cholestérol ou l’hypertension. Quant aux anévrysmes et allèles défavorables, acceptons lucidement nos limites. De plus, ces prédictions sont souvent perverses en laissant supposer qu’une pharmacologie de prévention secondaire dispense de la prévention primaire individuelle, toujours plus efficace.

Non seulement médecine et prévention sont définitivement incompatibles, mais plus forte est la présence médicale, plus faible est la prévention.

Alors pourquoi confier la prévention au ministère de la santé ? Avons-nous été dévoyés au point de considérer que la gestion primaire de notre corps ne peut être confiée qu’à de professionnels ?

Une autre réponse me paraît plus simple. Il est plus facile et beaucoup moins coûteux de proposer des consultations gratuites à 25, 45 et 65 ans, comme cela vient d’être fait, que d’éradiquer le tabac et les sodas, que de diviser par quatre la consommation de viande, que de supprimer les véhicules dans les villes, que de, que de, etc. Chacun a son idée, et toutes sont catastrophiques pour le PIB…

Mes propos sont d’une banale naïveté. Alors, pour être plus effronté, sachant que les bilans et check-up n’ont jamais eu le moindre effet sanitaire, je propose le scénario le plus probable qui suivra ces nouvelles consultations gratuites. On trouvera de plus en plus de cholestérol et de sucre dans le sang, de plus en plus de déficits cognitifs, de syndromes dépressifs, de douleurs négligées, de cellules cancéreuses. Autant de merveilleux marchés supplémentaires pour la prévention pharmacologique secondaire.

Monsieur le ministre, les industriels de la santé ne vous remercieront jamais assez.

Bibliographie

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