Palmarès de l’inutilité

Les plus méchants des analystes considèrent que 90% des publications médicales sont erronées ou frauduleuses, les plus acerbes jugent que 90% sont inutiles, les plus rigoureux dépassent parfois ces indécents pourcentages. Les revues scientifiques qui les ont publiées sont évidemment moins sévères, mais finissent par avouer que plus de la moitié ne méritaient rien d’autre que la déchetterie.

Cette course à la publication, imposée par un commerce avide de preuves « scientifiques », a été moquée en 2003, par une désormais célèbre étude sur l’impossibilité d’établir la preuve de l’efficacité des parachutes, puisqu’aucun essai comparant des sauts, avec et sans, n’avait été publié.

Convaincu que l’humour est la forme suprême de l’épistémologie, j’ai recensé quelques études, hélas non satiriques, parues dans de grandes revues.

Une récente méta-analyse publiée dans Science – excusez du peu – a tenté de minimiser le déclin des insectes. Que les observateurs du syndrome du pare-brise propre se rassurent, la majorité des arguments des auteurs a été contredite par la suite. Ouf ! la science est sauve, mais les insectes ne sont plus là pour le constater.

J’en ai de plus drôles. Celle qui constate que les fécondations in vitro sont plus efficaces avec des spermatozoïdes de pères de moins de 40 ans. On pourrait la mettre en parallèle avec les études qui tentent de décrire une maladie nommée « déficit androgénique lié à l’âge ». Comme pour la fameuse DMLA dont le nom indique aussi le lien avec l’âge, sans s’étonner du paradoxe d’en faire une maladie.

L’âge est d’ailleurs le plus savoureux des ingrédients de l’humour. Ainsi, le BEH a constaté que les fractures des séniors étaient plus fréquentes lors des épisodes de froid, neige et de verglas. Une étude a conclu que les morts à l’hôpital étaient plus fréquentes après 90 ans.  Une autre a voulu connaître le taux de survie des centenaires un mois après un arrêt cardiaque. Ce taux est de 1% avec ou sans réanimation ; la statistique est cruelle pour les réanimateurs.

L’obésité est un autre bon thème de cocasseries. Un essai sur la liposuccion a conclu que cette méthode consistant à pomper de la graisse sous-cutanée, ne modifiait pas les risques cardio-vasculaires des obèses. Allez savoir pourquoi !  

Des épidémiologistes américains, voulant comprendre l’origine de l’épidémie d’obésité qui frappe leur pays, en ont cherché des facteurs et des marqueurs dans le but de produire de la science médicale. Les plus perspicaces ont conclu que l’excès de calories et la sédentarité étaient les deux causes de l’obésité. Certains ont même trouvé une corrélation fortement positive entre les fast-food et l’obésité. Comme quoi, en cherchant bien, on trouve.

De très audacieux médecins continuent à faire des études sur la nocivité du tabac. Dans ce dernier exemple, nous entrons dans l’univers de l’humour médical au deuxième degré que seuls peuvent comprendre les spécialistes de l’agnotologie.

Références

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