Auto-immunité

Les anti TNF font partie des avancées thérapeutiques notables de ces dernières années.  Prescrits essentiellement dans la polyartrhrite rhumatoïde, Ils améliorent la qualité de vie des patients. Nous n’avons pas encore assez de recul pour connaître leur impact sur la quantité de vie, mais les patients soulagés de leurs douleurs ne se préoccupent guère de cet aspect à long terme. On les comprend.

Les anti TNF sont aussi prescrits dans d’autres maladies auto-immunes telles que les colites inflammatoires, (Crohn, RCH), la spondylarthrite ankylosante, le rhumatisme psoriasique ou même le psoriasis.

Un des effets secondaires  les plus paradoxaux de ces molécules est l’induction d’un psoriasis. Ce n’est certes pas la première fois qu’un traitement induit une maladie, mais il est rarissime qu’il induise la maladie qu’il est supposé guérir.

Les maladies auto-immunes continuent à garder leur secret. Même si l’on a esquissé le principe physiopathologique général, le clinicien reste ignare devant leur évolution cyclique et capricieuse et l’énorme disparité de leurs formes et de leur gravité.

Les spécialistes, garants des prescriptions difficiles dans ces maladies auto-immunes, doivent se méfier des tentatives de banalisation. Que ceux, qui verraient cette mise en garde d’un praticien de terrain comme un crime de lèse-majesté, veuillent bien poursuivre…

Ce n’est pas par hasard que les diagnostics de spondylarthrite et de rhumatismes psoriasiques ont augmenté depuis l’apparition de ces molécules.  Les incitations à l’éveil clinique autour de ces pathologies ont été nombreuses. Tel clinicien est fier d’avoir enfin trouvé le diagnostic exact de cette « lombalgie » traînante que ses confrères avaient négligée. Tel autre se félicite d’avoir fait le lien entre ces douleurs articulaires fugaces et la dermatose des plis dont nul n’avait suspecté l’origine psoriasique.

C’est vrai, l’expertise clinique n’en finit pas de s’améliorer et de forcer mon admiration. Piètre clinicien que celui qui a décelé la spondylarthrite de son patient à 35 ans, alors que son histoire montre a posteriori que la pathologie a débuté quand il avait 15 ans.

Depuis que les anti-TNF sont sur le marché, ces retards diagnostiques « coupables » ne se verront plus. Tous les spécialistes sont en éveil pour ne plus rater les diagnostics subtilement déplacés sous les feux de la rampe.

Lorsqu’existe un traitement pour des pathologies où le diagnostic progresse plus vite que nos connaissances physiopathologiques, la prudence est la première règle. Nous savons que la frontière est parfois ténue entre diagnostic précoce, surdiagnostic et surtraitement.

Ce psoriasis paradoxal induit vient-il opportunément nous rappeler que l’auto-immunité est encore plus complexe que tout ce que nous supposions?

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