Misère moléculaire

23 juillet 2020

Pour nous inciter à la gravité, les médias répètent quotidiennement que 90% des personnes qui décèdent de la covid-19 ont plus de 65 ans. Il serait mesquin de dire que si le même pourcentage concernait les moins de 35 ans, ma gravité serait infinie. Mais ma curiosité l’emportant sur ma mesquinerie, je suis allé vérifier avec l’application d’un fruste clinicien que 90% des personnes qui meurent de maladies cardio-vasculaires, pulmonaires, infectieuses neurodégénératives, tumorales ou auto-immunes ont aussi plus de 65 ans. Ce nouveau coronavirus où l’expert le plus compétent n’a que six mois de recul, n’est certes pas bénin cliniquement, mais il a conduit à une étrange ingénuité des épidémiologistes de la mort.

Les mêmes médias m’informent que la mortalité est supérieure dans les quartiers déshérités et dans les basses classes sociales. Me soustrayant, par une volonté farouche, à la manipulation mentale de l’information continue, j’ai réussi à retrouver, avec la patience d’un historien, qu’il en a été de même pour la peste, la tuberculose, le choléra, et la plupart des maladies, infectieuses ou non.

Des chroniqueurs tout aussi quotidiens, mais un peu plus avertis, m’informent que la mortalité est supérieure en cas de comorbidité (obésité, insuffisance cardiaque ou respiratoire, hypertension, cancers, etc.). Craignant la contagion de ces écholalies, j’ai vérifié avec l’obstination d’un vieux mécréant que la comorbidité était aussi le facteur aggravant de toutes les autres maladies. Quel épistémologue l’eût cru ?

Inquiet à l’idée d’être maljugé par mes pairs qui pourraient considérer comme de la désinvolture ou de l’impertinence le fait de relever ces trois évidences, je les ai utilisées pour pousser plus loin mes réflexions…

Il m’est alors apparu que l’ensemble « misère » présente les plus grosses intersections avec les ensembles : infections, mort prématurée, faible longévité, comorbidités. Bref, la misère est bien le facteur aggravant qui englobe tous les autres, conduisant à un différentiel d’espérance de vie de 7 ans entre un ouvrier et un cadre, et bien plus encore en comparant des plus extrêmes dans l’échelle des inégalités sociales. Quel médecin oserait l’ignorer ? Quel chercheur oserait demander des subventions pour développer ce thème ?

Fort de ces conclusions, il faut dégager des fonds importants pour pousser les recherches sur les liens obscurs entre vieillesse, mort et maladie. Est-ce la vieillesse qui donne des maladies ou les maladies qui conduisent à la vieillesse ? Pourquoi meurt-on plus vite avec plusieurs maladies qu’avec une seule ? Pourquoi est-on plus souvent malade quand on est pauvre ? Pourquoi la contagion est plus forte quand on est mal logé ?

Et afin d’éviter toute médiocrité et ne pas courir le risque de se laisser dépasser dans la recherche biomédicale internationale, il convient de développer la biologie moléculaire pour répondre à ces questions fondamentales.

Références

L’idiot utile

12 juillet 2020

Un recensement annuel du nombre de personnes porteuses de cancers entre 1970 et 2020, n’a aucune signification de santé publique. La progression fulgurante des cas ne tient pas à l’évolution de la maladie, mais aux progrès de la détection. Depuis les grosses tumeurs cliniquement révélées au médecin jusqu’aux biopsies guidées par imagerie, le diagnostic en cancérologie illustre parfaitement les progrès technologiques de la biomédecine.

Inversement, si l’on considère la mortalité, le taux a légèrement diminué chez la femme, et un peu plus chez l’homme essentiellement par baisse du tabagisme. Ainsi, en cancérologie, sans crime de lèse-majesté, cette trop faible diminution de la mortalité ne permet pas de conclure à un véritable progrès des soins médicaux.

La polémique est ancienne et peut se résumer ainsi : il ne faut pas confondre les épidémies de diagnostic et les épidémies de maladie.

En cancérologie, comme en infectiologie, la biographie des patients est plus souvent modifiée par l’annonce biomédicale que par la réalité morbide.

Cet aspect ubuesque de nos progrès est connu des épistémologistes et de quelques médecins attentifs, il est parfois suspecté par le public, mais il reste ignoré des grands médias.

Cette ignorance est devenue perverse avec l’épidémie de covid-19 où l’on continue à évoquer, sans précaution ni discernement, les cas et les morts. Devant une telle maladie à faible létalité (morts par rapport au nombre de cas), seul le chiffre de la mortalité (morts par rapport à toute la population) donne une indication exacte de la gravité de l’épidémie.

Maintenant que de nombreux tests (d’ailleurs plus ou moins fiables) font logiquement exploser les cas, il est machiavélique de continuer à parler de leur nombre. On s’alarme de la progression de la maladie aux USA au Brésil ou en Inde, en omettant de dire que la mortalité  par million d’habitant y reste très inférieure à celle de la majorité des pays d’Europe.

Si on laisse les médias continuer à faire de l’épidémiologie de façon aussi sordide et vulgaire, de nouveaux risques vont apparaître. Cet écart grandissant entre la réalité sanitaire, le catastrophisme médiatique et son corollaire démagogique, sera de plus en plus perçu par les populations qui risquent alors de basculer vers insouciance prématurée, incrédulité définitive ou franche révolte. Avec des problèmes socio-sanitaires de plus grande ampleur.

La seule vérité épidémiologique scientifiquement recevable en infectiologie comme en cancérologie est la mortalité.

Toutes cette hérésie épidémiologique, m’a conduit pour la première fois à faire cas d’un propos de Donald Trump. Ce dirigeant fantasque, dont l’ensemble cognitif n’avait encore jamais eu d’intersection avec le mien, a simplement dit : « Cessons de faire des tests et l’épidémie disparaîtra ».

J’ai alors pensé qu’il pouvait, à sa façon, jouer le rôle de « l’idiot utile ».

Références

Maladies de soi-même

1 juillet 2020

Le terme générique de « maladies non transmissibles » (MNT) est utilisé en opposition aux maladies infectieuses, donc transmissibles.

Le confort, l’hygiène et la médecine ont diminué le fardeau des infections, jusqu’à placer les MNT au premier plan. Ces nouvelles maladies tumorales, dégénératives ou cardiovasculaires sont devenues la première préoccupation de la médecine suite à ses victoires sur les maladies transmissibles.

Cependant, la mortalité est différente : souvent prématurée (avant 65 ans par définition) dans les infections et « non prématurée » dans les autres.

Pour le dire plus simplement, ces MNT sont les diverses faces de la « mort naturelle ». Les avoir hissées aux premiers rangs de la mortalité est une victoire. En diminuer le poids relatif signifierait un retour des maladies responsables de morts prématurées, donc une régression.

La réalité des 25 dernières années confirme et consolide les progrès de la médecine qui a encore fait gagner 5 années/qualité de vie dans 200 pays par le contrôle des maladies transmissibles et de la périnatalité : ses domaines d’excellence.

Inversement, pour les MNT, le bilan est « heureusement » mauvais pour les morts non prématurées. Hélas, il est devenu désastreux pour les morts prématurées qui ne cessent d’augmenter. Les nouveaux défis, désormais au premier rang des morts prématurées, sont les addictions et intoxications volontaires, les céphalées chroniques et insuffisances rénales liées aux médicaments, le diabète de type 2, les jeunes cancers du tabagisme, l’hypertension et les accidents vasculaires prématurés, la dépression, le suicide, la pathologie iatrogène, ainsi que les accidents, l’alcool et les drogues chez les 25-44 ans. Sachant que l’obésité et la sédentarité créent ou aggravent la plupart de ces maladies.

Aux USA, la sédentarité coûte chaque année 60 milliards de dollars. Ne me demandez pas comment on en arrive à parler en dollars, faites confiance aux américains sur ce point ! Dans le monde, l’obésité est responsable de 3,5 millions de décès annuels, et le tabac de 3 millions. De quoi faire pâlir les vieux conquérants de l’infectiologie !

Les lecteurs les plus perspicaces auront noté que toutes ces morts sont attribuables à des comportements et à des modes de vie. L’ennemi n’est pas externe, il est en soi-même.

Pour éviter d’être lynché, je précise que les crises économiques aggravent le tabagisme, les dépressions et le suicide, que les obèses ne sont pas coupables de leur enfance et que nul n’est responsable de ses gènes. Néanmoins, la médecine ne peut rien contre ces ennemis-là. Pire, la médecine s’avère délétère devant ces MNT : les antidépresseurs aggravent le suicide et la pathologie iatrogène est devenue une cause majeure de mort prématurée.

Ainsi la plupart des maladies prises en charge aujourd’hui sont des maladies de soi-même, et sur ce point, l’échec de la médecine est logique, historique et constant.

Rendons cependant à César…

Références

Santé, économie et démesure infectieuse

21 juin 2020

Les relations entre santé publique et économie sont certainement le plus gros casse-tête politique. On pourrait dire de façon laconique que ce qui est bon pour la santé est mauvais pour l’économie et vice versa.

Le domaine le plus caricatural est celui de l’agro-alimentaire. Le sucre a créé la plus irréductible des addictions et il est à l’origine de la majorité des maladies chroniques et coûteuses. L’obésité, en augmentant vertigineusement l’incidence de la prématurité et de ses handicaps, a bouleversé la trajectoire évolutionniste de notre espèce.  Quel dirigeant risquerait d’amoindrir les filières tentaculaires du sucre ? Quel politique négligerait l’immédiateté du PIB au profit de l’avenir hypothétique des générations ?

Le rapport morbide entre automobile et sédentarité est du même ordre. Interdire l’automobile en ville mettrait en péril une industrie vitale pour notre économie. En cas de crise économique, on va jusqu’à offrir des primes pour l’achat d’un véhicule : souvenez-vous des pittoresques « jupettes » et « balladurettes ».  

La suppression du tabac mettrait en faillite la pneumologie et la cardiologie, ferait vaciller la cancérologie et anéantirait cette industrie pourvoyeuse de richesse et principal soutien de l’industrie cinématographique. Les taxes sur le tabac, destinées à limiter la consommation, ont une hypocrisie plus méritoire que les taxes sur l’essence. Par ailleurs le tabac et l’automobile sont des libertés individuelles difficiles à restreindre malgré le nombre des victimes innocentes (600 000 morts annuelles par tabagisme passif et 1,5 million par la pollution urbaine).

Les citoyens eux-mêmes considèrent ces morts collatérales comme moins dramatiques en raison de leur caractère différé, comparées aux morts immédiates des épidémies. Ceci est pourtant inexact, depuis que la mortalité des pics de pollution se mesure avec une précision quotidienne, surtout chez les enfants, et que la réanimation diffère les morts infectieuses des séniors.

En bref, les 2,5 millions de morts annuelles évitables sont liées à des impératifs économiques ou à des filières intouchables. Il est important de préciser que 40% de ces morts concernent des personnes de moins de 65 ans, contrairement aux épidémies virales dont 90% des morts surviennent après 65 ans.

Sans vouloir absoudre nos dirigeants, je comprends que devant la réalité inextricable des faits, ils ne parviennent plus à concilier les impératifs économiques et sanitaires.

Paradoxalement, malgré leur moindre mortalité, seules les épidémies virales offrent l’occasion politique de faire passer ostensiblement l’économie au second plan derrière la santé. Cela est possible en raison de la « démesure infectieuse » : nous continuons, envers et contre toute évidence, à percevoir les maladies infectieuses comme toujours plus redoutables et plus meurtrières que les autres. Une forme de vice anthropologique, classique et confortable, qui permet de se défausser sur un ennemi extérieur.

Références

Science brutalisée

15 juin 2020

L’empirisme est le premier niveau de la science. Observer des faits spontanés ou induits reste encore le principal pourvoyeur de vérités, mais aussi de croyances. La méthode expérimentale est un deuxième niveau consistant à isoler des facteurs et tester des hypothèses ; elle permet d’éliminer les croyances et de valider les faits.

Ces deux niveaux n’augurent pas de l’avenir. Ils ne disent pas « voilà ce qui se passera si… » ils disent simplement « voilà ce qui s’est passé en… ». Le troisième niveau est l’extrapolation, elle n’est possible que si les deux premiers niveaux sont assez solides. L’astronomie permet de prévoir les éclipses avec précision. Mendeleïev a prédit l’existence d’éléments inconnus. M Higgs a prédit le boson.

Dans les sciences du vivant, la multiplicité des paramètres permet rarement aux deux premiers niveaux d’atteindre la stabilité nécessaire aux extrapolations. Certes Darwin, découvrant une orchidée dont l’éperon avait 30cm de profondeur avait prédit l’existence d’un papillon dont la trompe aurait la même longueur. Mais il avait déjà compris que la « pollinisation serrure » entre insectes et orchidées repose sur peu de facteurs.

Les modélisations sont des extrapolations par voie mathématique. Dans les sciences sociales, biomédicales ou épidémiologiques, elles ne s’avèrent qu’une fois sur deux, car les facteurs sont souvent variables, parfois indiscernables et toujours innombrables. Les experts reconnaissent eux-mêmes que ces modélisations n’ont jamais dépassé la précision d’un jeu de pile ou face.

Pour étudier l’efficacité du confinement dans une épidémie, les deux premiers niveaux de la science se basent sur les faits. Prenons (par hasard) l’exemple du covid 19. Si l’on compare les 445 morts par million d’habitants en Suède (sans confinement) aux 432, 552 et 578 de France, Italie et Espagne (avec confinement rigoureux), on peut conclure que le confinement est inefficace. Mais si l’on compare ces 445 de Suède aux 48 de Norvège, le confinement apparaît très utile. Lorsque l’étude d’un facteur donne des résultats incohérents, cela signifie que son poids relatif est trop faible dans l’ensemble des paramètres : virulence, contagiosité, immunité croisée, tests, traitements, profil social et démographique et certainement beaucoup d’autres encore plus variables ou méconnus. Modéliser une épidémie est une tâche insurmontable.

Une uchronie est une réécriture de l’histoire en modifiant un fait passé. Que se serait-il passé si napoléon avait été vainqueur à Waterloo ? Que se serait-il passé si l’on n’avait pas dépisté ce cancer ? Toutes les réponses ne peuvent être que fictions dont le degré d’irréalisme est corrélé au nombre de facteurs.

Science brutaliséeModéliser des uchronies pour dire ce qui se serait passé sans confinement relève de la fantaisie. Enfin, publier de telles uchronies dans la revue Nature me conduit à dire que le (la) covid19 a malmené les citoyens, les politiques et l’économie, mais il a surtout brutalisé la science.

Référence

Mourir à domicile

10 juin 2020

Nos enfants voient beaucoup de morts à la télévision, mais ils n’en voient plus dans le lit de leurs aïeux. Seuls 27% des Français meurent à la maison. Les autres meurent en EHPAD (13%), en clinique privée (8%), et surtout à l’hôpital public (52%). L’État est régulièrement lapidé, mais c’est à lui que l’on délègue l’intimité de la mort.

La prise en charge de la mort n’a jamais été une mission explicite de l’hôpital. Ces temples de la science biomédicale accueillent des agonies dont l’évidence ne nécessite aucune autre expertise que celle de la compassion. 20% de ces morts hospitalières ont lieu moins de 24 heures après l’admission, souvent dans le couloir des urgences. La durée moyenne de fin de vie à l’hôpital est d’un mois, dont moins de 20% en soins palliatifs. Le concept de palliatif est refusé, car il exhibe notre finitude. On préfère exposer les chromes de l’urgence : 25% des morts hospitalières et 35% des morts en CHU ont lieu dans un service de réanimation. Viroses respiratoires ou autres, 80% des maladies infectieuses meurent à l’hôpital. Nos grands progrès en ce domaine n’ont pas réussi à entamer la suprématie apocalyptique des maladies infectieuses. Le cancer suit de près avec 72% de morts à l’hôpital : ici inversement, malgré la médiocrité de ses progrès, la médecine a réussi à convaincre que l’on ne devait plus en mourir.

Pourtant, les enquêtes révèlent que la grande majorité de nos concitoyens ne souhaitent pas mourir à l’hôpital, (réponses possiblement biaisées par le fait qu’ils ne souhaitent pas mourir ailleurs non plus) ! Le plus pittoresque, si j’ose, est la gestion de cette mascarade imposée. Le nombre moyen de médicaments consommés en ces fins de vie est de 24. Un patient sur 6 en reçoit plus de 35 chaque jour ! Dont une grande partie n’a évidemment aucun intérêt pour augmenter la quantité/qualité de vie. Pire, les traitements hospitaliers sont souvent plus agressifs et moins compatibles avec une mort paisible. Le plus surprenant est que lors d’une hospitalisation imputée à un excès de médicaments, il arrive souvent que le patient ressorte avec une ordonnance plus chargée que celle de l’entrée. Tout se passe comme si l’hôpital, débordé par l’évolution de nos mentalités, n’avait plus de liberté cognitive.

La mort infectieuse étant devenue inacceptable à tout âge, les viroses saisonnières encombrent la réanimation respiratoire. Si les insuffisances rénales terminales devenaient inacceptables à leur tour, nous n’aurions jamais assez de lits de dialyse.

Voilà de belles polémiques en perspective, qui nous empêcheront de voir que les budgets se sont progressivement détournés vers la gestion de l’ingérable, en ayant négligé l’indispensable protection maternelle et infantile.

Le traitement optimal de nos aïeux est un subtil mélange de respect d’affection de palliatif et de compassion. Réservons les budgets à l’utérus et la petite enfance, car c’est là que se dessinent tous les risques qui empêchent d’atteindre de grands âges.

Références

Effet week-end

3 juin 2020

L’urgence médicale est une notion relative, dépendante du patient, de l’observateur et de l’époque. L’élévation de notre niveau de santé en a augmenté les impératifs. Dans les années 1980, les SAMU en ont augmenté la visibilité, donc la consommation. Electroménager ou urgence vitale, rien ne peut échapper aux effets de la communication.

Les généralistes, modérateurs idéaux de l’inflation urgentiste, ont progressivement disparu du grand ballet des gyrophares. Les services d’urgence sont désormais sursaturés au point de mettre en péril le système et ses acteurs. Pour évaluer les effets de la fatigue, du manque de personnel ou de sa compétence, il faut examiner les situations où ces paramètres dominent : nuits, week-end et vacances. C’est le fameux « effet week-end » désormais bien documenté.

Une étude montre que le taux de mortalité à 90 jours après un passage en réanimation passe de 41% à 44% selon qu’il a eu lieu en semaine ou le week-end. Une autre que la surmortalité est de 6% la nuit et de 10% le week-end.

En réanimation cardio-respiratoire, le taux de survie à 24h chute de 35% à 29% entre le jour et la nuit ou le week-end. Les séquelles neurologiques passent de 85% à 89%. L’effet week-end augmente la mortalité des AVC de 15%

Le taux de décès dans les 30 jours suivant une intervention chirurgicale urgente est d’environ 0,7%, il monte à 1% si l’intervention a eu lieu un vendredi et à 1,3% le week-end (soit des augmentations de 44% et 82% pour le dire de façon plus spectaculaire !)

La très faible mortalité périnatale augmente tout de même de 7% pour les accouchements du week-end.

Pour les pathologies aiguës, certains calculs montrent que la mortalité augmente de 80% quand le délai d’attente est de 6 heures au lieu de moins d’une heure ; d’autres révèlent que chaque heure d’attente augmente la mortalité de 6,5%.

Je me risque à une extrapolation hasardeuse.

En France, 60 000 personnes meurent chaque année en service de réanimation. Soit 15000 personnes dont les soins intensifs ont été affectés par la sursaturation des trois mois d’épidémie de covid. Si nous supposons que cet « effet week-end » particulier n’a augmenté la mortalité que de 10%, il faut ajouter 1500 personnes à la liste mortuaire du Covid.

Par ailleurs 10 000 personnes sont ressorties vivantes des 15000 réanimations supplémentaires pour covid. Malgré le stress et la surcharge, le bilan de réanimation de cette triste période est donc positif.

Il nous reste à évaluer la durée et la qualité de ces survies. Il faudra aussi compter les pertes et gains collatéraux. Pertes (ou gains) par arrêt d’autres soins. Gains par limitation de la circulation et de la pollution. Pertes par violence conjugale ou suicide lié au chômage. Etc.

La réanimation est la plus triviale des équations épidémiologiques. Le monde vivant n’est pas réductible à la mathématique. Un ami, brillant mathématicien, me confirme que le monde physique ne l’est pas non plus. Je m’en serai douté.  

Références

L’enseignement du soin est impossible

27 mai 2020

La question de l’enseignement des médecines alternatives à l’université est un serpent de mer. Ce débat impose de dissocier les deux grands domaines de la médecine : diagnostic et soin.

Le diagnostic est basé depuis longtemps sur de solides preuves, grâce à la riche sémiologie issue de la méthode anatomoclinique et aux apports de l’imagerie et des analyses biologiques.

Inversement le soin a toujours été empirique, donc très difficile à formaliser pour un enseignement universitaire.

Dans les années 1960, l’EBM (evidence based medicine) a introduit les statistiques dans l’évaluation des soins, permettant de comparer entre abstention ou placebo et action thérapeutique. Le soin ainsi formalisé devenait plus académique.

L’anglais « medicine » signifie médecine ou médicament. L’EBM a concerné exclusivement les médicaments, car eux seuls pouvaient être comparés à des placebos.

Ainsi, les soins non pharmacologiques ou sans preuve statistique ont été négligés par les facultés. Non seulement l’acupuncture ou l’homéopathie, mais aussi étonnamment, la chirurgie, les psychothérapies, les thérapies comportementales, le sport, la nutrition, la kinésithérapie, etc.

Les progrès de la biologie moléculaire ont majoré cette domination, puisque l’action enzymatique ou synaptique des médicaments pouvait apporter un support théorique séduisant, avant tout essai clinique.

Hélas, les cliniciens de terrain ont assez vite constaté la non-concordance entre l’expérience clinique (ancien empirisme), la preuve statistique et la démonstration théorique. Le « feeling » ou l’abstention pouvaient avoir autant de réussite qu’un protocole chirurgical. La preuve statistique était sans intérêt devant l’individu. La validité théorique ne garantissait pas le succès clinique. Bref, le diagnostic était une science, mais le soin restait une pratique.

Il en est encore ainsi aujourd’hui, tant pour les troubles fonctionnels et les douleurs existentielles que pour la chirurgie cardio-vasculaire ou la cancérologie. Les biais affectifs, statistiques, cognitifs, mercatiques et culturels sont innombrables.

Les diagnostics de certitude peuvent conduire à des soins d’une certaine rigueur scientifique. Mais pour les diagnostics flous ou en attente, pour les symptômes, pour la prévention, les corrections métaboliques, les dépistages, chaque médiateur de soin possède sa pertinence individuelle. Le cadre supérieur fait confiance à l’oncologue, le plombier au cardiologue, l’instituteur à l’homéopathe, l’ingénieur au pharmacologue, le sportif à l’ostéopathe, l’internaute au gourou, l’avocat au psychanalyste, le comptable au confesseur, le notaire au ministère, le préfet au généticien, le ministre au magnétiseur etc. La vérité du soin se trouve au sein de ces couples improbables.

Les facultés peuvent enseigner les diagnostics, mais pour les soins, académiques ou alternatifs, elles sont bien loin de la qualité qu’exige la rigueur universitaire.

Références

La mort est plurifactorielle, même en période de crise

17 mai 2020

Guerres, famines, épidémies ou chocs climatiques provoquent des pics de mortalité. Lors des guerres, ce sont les jeunes qui paient le plus lourd tribut de cette mortalité. Dans les autres cas, la répartition par tranche d’âge dépend des conditions sociales et sanitaires des pays

Dans les pays à faible niveau sanitaire, les épidémies, famines et chocs climatiques tuent dans toutes les tranches d’âge, avec une prédominance pour les enfants.

Dans les pays développés, le fait que les décès se comptent exclusivement dans des tranches d’âge très élevées signifie une forte probabilité d’atteindre ces grands âges avec comme unique risque, celui, précisément, de l’âge. Les autres facteurs de risque ayant été préalablement éliminés par nos bonnes conditions socio-sanitaires. Donc une surmortalité ponctuelle quasi-exclusive dans le grand âge peut être considérée comme un excellent indicateur sanitaire.

J’avais défendu cette hypothèse dans un article de 2003, au décours du pic de mortalité de la canicule. Je suggérais que la chaleur écrasante et sèche avait joué le rôle de la goutte d’eau (sic) qui avait fait déborder le vase. J’en concluais logiquement que ces 17000 morts excédentaires seraient logiquement « récupérées » en 2004. Mais dans le grand jeu de l’escalade compassionnelle, ces propos avaient été jugés politiquement incorrects.

Lorsque l’ambiance est celle du drame, chaque larme en moins est une barbarie.

Plusieurs démographes ont décrété que cette mortalité supplémentaire serait irrécupérable ; l’un d’eux a même tenté de le prouver en se basant sur les chiffres du premier trimestre 2004. La suite est savoureuse. En 2004, on a compté 43000 morts de moins qu’en 2003. Bien moins que tout ce que j’aurais osé imaginer. Ce bénéfice secondaire a duré jusqu’en 2010, année où la mortalité a enfin rejoint son niveau d’avant la canicule.

Constatons que la canicule a été paradoxalement bénéfique. Nous avons probablement été, par la suite, plus vigilants sur l’hydratation de nos ancêtres et sur le nombre de nos câlins ; diminuant ainsi la pression de plusieurs autres facteurs de risque, innombrables et inconnus, tant la mort est multifactorielle.

Aurons-nous le même étrange bénéfice après le covid19 ? L’hypothèse est recevable à court-terme ; elle est plus osée et plus contestable à moyen-terme, car ce drame se  double d’une grave crise économique. Possiblement bénéfique pour les personnes âgées et les nourrissons par baisse des nuisances environnementales. Possiblement délétère pour les jeunes adultes, par le désordre social et professionnel.

Le cerveau est façonné pour le monofactoriel et prisonnier du déterminisme immédiat. Il nous est très difficile de détacher un évènement de celui qui le précède, particulièrement la mort.  

Nous voulons trouver une cause à l’heure fatale pour en nier la fatalité

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Deux histoires

11 mai 2020

Deux histoires

La première histoire se passe en mars 1970. Un jeune médecin fraichement installé dans un village d’Auvergne est appelé au chevet d’une mamie nonagénaire. Elle a eu une grippe et son état se dégrade rapidement depuis 2 jours. Le médecin constatant un essoufflement assez inquiétant prend la peine de téléphoner à son ancien professeur, chef du service de réanimation à Clermont-Ferrand. Il lui expose le cas et suggère timidement une assistance respiratoire.

Mon cher ami, lui répond avec bienveillance le professeur, votre dévouement est louable, mais vous savez comme moi que nos services ne sont pas destinés à ce genre de cas. Puis il expose de sages conseils : ouvrir les fenêtres, donner du paracétamol et des antalgiques pour éviter toute souffrance.

 Le médecin résume le tout aux enfants qui lui disent avoir bien compris qu’il n’y avait rien à faire, mais le remercient tout de même vivement d’avoir essayé.

La deuxième scène se déroule seulement cinquante ans plus tard en mars 2020. Un vieux médecin expérimenté est appelé par les enfants d’un nonagénaire fébrile et très fatigué. Il constate un syndrome grippal assez sévère en rapport avec l’âge, mais sans grave trouble respiratoire. Il explique aux enfants que c’est possiblement la Covid19, mais qu’il importe peu de le savoir. La situation comporte un risque évident d’aggravation, mais il n’y a pas lieu de l’hospitaliser, car il sera mieux chez lui pour récupérer.

La famille le congédie et appelle directement le 15 avant d’entamer une procédure juridique contre le médecin…

J’ai menti. Ces deux histoires ne sont pas tout à fait véridiques. Le premier médecin n’a pas appelé son professeur, car personne ne lui avait enseigné cela et qu’il aurait eu peur du ridicule. Le deuxième médecin a immédiatement appelé le 15, sans conviction, mais parce qu’il savait, par sa longue expérience, que les décisions médicales ne sont plus du ressort du clinicien.

Dans les deux cas, la famille a apprécié le civisme. Dans le premier cas, elle a en outre apprécié la compassion et dans le second, le panurgisme.

Sur la route du retour, le vieux médecin a allumé la radio pour se détendre. N’importe laquelle ferait l’affaire. Puis, après quelques minutes, constatant que le jeu pervers de l’escalade compassionnelle entre médias, urgentistes et politiques s’aggravait dangereusement, il a zappé. Sur une autre fréquence, un épidémiologiste, moitié normatif, moitié dissident, osait préciser que l’âge moyen de mort par Covid était de 80 ans et que l’espérance de vie dans notre pays était de 81 ans. Le médecin a alors éteint le poste en souriant. Il allait bientôt prendre sa retraite. Covid ou pas, il lui restait raisonnablement au moins 15 ans à vivre.

Pas plus, car même si ce sont les GAFA transhumanistes qui financent et orientent désormais la politique sanitaire internationale, l’OMS n’a pas encore déclenché le programme d’immortalité qu’ils préconisent.

Références