Patients : disparition du libre arbitre et de l’insight.

La formidable avancée des sciences biomédicales depuis un siècle a eu comme principal effet négatif le recul de l’expertise clinique au chevet du malade. Cet inconvénient peut être amoindri lorsque le médecin a conservé la capacité d’une analyse critique des résultats de la biotechnologie. Le patient peut également compenser cet effet délétère en ayant un libre arbitre et un « insight » de niveau suffisant. L’insight est la capacité à connaître intimement la nature d’une chose. Pour un patient, l’insight est donc la capacité à évaluer la nature intime et le niveau de gravité de son mal.

Les médecins ne souhaitent plus développer une analyse critique, car ils surévaluent la judiciarisation de la médecine, et pensent – très souvent à tort – que leurs juges éventuels se référeraient plus à la biotechnologie qu’à leur expertise clinique.

Du côté des patients, toute l’organisation du marché sanitaire contribue à faire disparaître leur libre arbitre et leur insight. Toute la communication médicale publique et privée consiste à alerter l’opinion sur des « maladies » dont les patients ne perçoivent pas les symptômes (hypertension, troubles métaboliques, cancers infracliniques, etc.)

Ces maladies sans symptômes sont souvent vécues avec plus d’angoisse, car les patients, n’ayant aucun repère évolutif personnel, perdent la propriété de leur propre pathologie et n’ont plus les moyens de développer leur libre arbitre et leur insight. Cette vacuité clinique entraîne une plus grande soumission au pouvoir biomédical et, en retour, une plus grande normativité du soin.

Le principe du paiement à l’acte est l’un des principaux facteurs aggravants de cette dérive.

Il est encore difficile de dire combien et qui sont les gagnants et les perdants de cette spirale qui engloutit l’éthique, l’information et le soin individualisés.

Est-il possible de former de nouveaux cliniciens qui sauront, à la fois, offrir les progrès de la biomédecine à leur patients, et leur faire retrouver le libre arbitre et l’insight qu’ils ont perdus ?

Les facultés devraient y penser, car de plus en plus de signaux nous avertissent qu’il n’est plus possible de laisser se creuser ainsi l’écart entre la vérité clinique et le pouvoir biomédical.

Un commentaire sur “Patients : disparition du libre arbitre et de l’insight.”

  1. Nicole Willm dit :

    « Il nous faut faire face à la situation peu plaisante où l’institution universitaire et le libre usage de l’intelligence s’opposent l’une à l’autre.  »(Lindsey Waters – L’Eclipse du Savoir 2008)

    Pourtant… « Il ne faut jamais avoir peur de s’arrêter un moment pour réfléchir. » (Lorraine Hansberg)
    Et de prendre un soin tout particulier de cet « instrument de précision d’une sensibilité extrême » (V. Hugo), qu’est la conscience.
    Une conscience éclairée, afin de ne pas perdre la boussole de son âme et de son corps…

    L’acquis intuitif, le bon sens, le sens de l’observation et de l’analyse, la recherche, la réflexion ; découvrir, redécouvrir son corps, être à son écoute…
    Autant d’outils efficaces et indispensables, pour ne pas perdre ce « libre arbitre » et cet « insight » qui permettent à un patient de rester acteur de sa santé. « C’est du bon usage du libre arbitre, que vient le plus grand et le plus solide contentement de la vie. » (Descartes – lettre à Christine de Suède)

    Il existe de la bonne littérature, instructive, sérieuse, honnête, ainsi que des médecins soucieux de la prise en charge globale de leurs patients.
    Dans notre pays, il existe des médecins qui réfléchissent à leur métier, à la meilleure manière de l’exercer, dans l’intérêt du patient. Et leur métier n’est pas facile. A nous de les aider et de les soutenir !

    Mais parfois, les patients n’osent pas s’extirper des circuits conventionnels. Ils n’osent pas toujours quitter les sentiers du prêt-à-porter et du prêt-à- penser, que l’on nous présente comme étant les meilleurs et les plus sûrs.

    Il n’est pas facile de pratiquer le hors piste, loin des pistes damées, sur lesquelles le bon sens est souvent recouvert d’une avalanche d’idées reçues ou d’un épais tapis de silence… La peur, l’incertitude et le doute ambiants, ainsi que la marchandisation de la santé, ne facilitent pas les choses.

    Néanmoins, actuellement, nous disposons de cette information vitale qui peut faire de nous des acteurs de notre santé. « Le véritable changement viendra par les patients, s’ils peuvent accéder à une information non biaisée. » (L.P.) Tout un apprentissage, mais petit à petit, « le grain germe, l’épi mûrit »… en lisant, en s’informant.

    Et même si la situation paraît complexe, car tous les acteurs de la santé sont impliqués, elle n’est pas sans issue. Les patients souffrent en général davantage d’un manque d’explications, que d’un manque d’informations. Ce n’est pas l’affaire uniquement du médecin, mais également du patient qui peut faire beaucoup pour équilibrer ou rééquilibrer cette « balance humaine soignant-soigné ».

    « La liberté ne commence-t-elle pas où l’ignorance finit. » ? (V. Hugo)

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